(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Lettre du comte de Mirabeau à M. Le Couteulx de la Noraye, sur la Banque de Saint-Charles"

Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/comtedOOmira 



LETTRE 

DU COMTE DE MIRABEAU 

A M*^<f0UTEULX 

DE LA NORAYE, 

Sur la Banque de Saint- Charles 6C fur 
la CaiJJe-d'Efcompte* 






f7f 



«. <2 /ô 



LETTRE 

DU COMTE DE MIRABEAU 

A M. LE COUT EU LX 
DE LA NORAYE, 

Sur la Banque de Saint-Charles ôc fur h 
Caifle - d'Efcompte. 



Vos opibus junctos ccnfpirantefque tulijjem ! 

CLAUDIJKy 



À BRUXELLES. 



î7 8 5* 



( I ) 



<SS=E5^£^ÊÊËÉ5^°^èiS2à* 



LETTRE 

DU COMTE DE MIRABEAU 
A M. LE COUTEULXDE LA NO RAYE. 

vJui Monfîeur ; c'eft moi , c'eft bien 
moi qui vous écris; j'ai des comptes 
à vous rendre , j'en ai quelques-uns à 
vous demander . je vous propoferai des 
queftions , des doutes, des obfervations. 
Je le ferai y Monfîeur , avec liberté ôc 
même avec naïveté. Répondez -moi, 
veuillez me répondre avec {implicite 7 
droiture , loyauté ; & je n'aurai perdu 
mon temps , ni pour vous , ni pout moi , 
• ni pour les autres en écrivant cette Let- 
tre; car c'efl toujours la caufe du Public 
que je difcute, & vous ne devez pas vous 
étonner fi je le mets en tiers entre nous. 
Vous avez dit > Monfieur , le vendredi 
24 du mois de Juin , chez un Secré- 
taire d'Etat, en préfence de vingt-cinq 

* A 



perfonnes & à un homme d'ailleurs 
très-digne de foi , qu'on pouvoit oppo- 
fer un grand nombre de raijbns SC défaits 
a mon Ouvrage fur la Banque de Saint- 
Charles , SC que les gens du métier nen 
ferolent pas les dupes.... , c'efl du Livre 
& non de la Banque que vous pariiez 
ainfi. 

Sauf le refpeét dû aux gens du métier , 
auxquels je me promets de le manifefter 
en toute occafion, j'avoue , Monfieur, 
que je crois précifément le contraire de 
ce que vous avez dit. Je crois que mon 
Livre n'efè pas moins irréplicable qu'une 
fimple règle d'Arithmétique ; Se votre 
aflertion m'a d'autant plus étonné que 
M. Cabarrus prend la peine de fournir 
preuves fur preuves , des faits que j'ai 
avancés & même de ceux que j'ai prédits; 
c'eft nommément depuis la publication 
de l'ouvrage relatif à la Banque de 
Saint - Charles > que chaque Courrier 
d'Efpagne apporte une nouvelle dé- 
Uionftration de mes principes. 

Mais peut-être vous ai-je mal corn- 



<3) , 
pris , Monfieur. Que de métiers differens 

ne peut-on pas exercer fur la même cho- 
fe ? On peut faire , ou avoir fait fur les 
aéHons de Saint-Charles le métier^ ami 
de M. Cabarrus , celui d'ami de fa Ban- 
que , celui de firnple Négociant, de Ca- 
pitalifte , de Commiflîonnaire ou Ban- 
quier, celui de joueur, celui même de 
prêteur fur dépôt aufervice des joueurs. 
Que fai-jëL Tout eft commerce, tout 
eft métier. L'ôbfervateur politique ou 
moral, le patriote ou l'homme d'état ont 
pu s'exercer fur la création de la Ban- 
que Efpagnole & fur le mouvement 
donné à fes a&icns. 

Vous le favez mieux que perfonne, 
Monfïeur, vous n'êtes point étranger à 
ce mouvement ; dès-lors puifque vous 
prononcez que les gens du métier ne 
feront pas les dupes de mon livre , vous 
devez nous dire auquel de ces métiers 
vous avez fait allufion , fans quoi votre 
jugement fur l'ouvrage qui traite de la 
Banque d'Efpagne eft une énigme qui 
déjoueroit plus d'un Œdipe. 

A 2 



Quant à moi , Monfieur, j'ai fait mon 
Livre pour l'utilité publique. Le métier 
que j'ai exercé en l'écrivant eft celui 
de Patriote François. C'eft en cette qua- 
lité que j'ai porté mes regards fur la Ban- 
que de Saint-Charles, fur fon influence 
& fur celle de fes aélions au milieu de 
nous. J'ai même fait davantage ; grâce 
aux vues personnelles de M. Cabarrus, 
j'ai eu le bonheur aflez rare de fervir 
l'Efpagne autant que mon pays. 

Vous auffi , Monfieur, vous préten- 
dez apparemment au patriotifme ; ce 
ne peut être que par ce motif ou du 
moins fous cette enveloppe qu'on fe 
hazarde à décrier chez un Miniftre, 
devant une affèmblée nombreufe un 
Livre du genre du mien.... D'ailleurs 
pourrois-je douter de votre patriotifme? 
Vous avez eu à mon occafion & fans 
doute pour mettre.» s'il étoitpoflible, un 
frein à tout ce que j'ofe , le courage 
rare parmi les gens délicats, de vaincre 
la répugnance naturelle qu'infpire atout 
homme le métier de dénonciateur, Sç 



d'exprimer au Miniftre des finances à qui 
pourtant le délit & la connoiiïance du 
coupable ne pouvoient échapper , de 
lui exprimer, dis-je, avec l'énergie 
qui vous caraélérife , la crainte qu'a 
reflenti votre ame civique , à l'appa- 
rition d'un ouvrage incendiaire , qui ne 
tend pas a moins qu'à femer la \i\a~ 
nie SC la difeorde entre des PuiJJances 
amies. Je crois , Monfîeur , que ce font 
à-peu-près vos propres expreffions que 
je répète , tant ce qui vient de vous, 
rend ma mémoire fidèle ! 

Et quel effort n'a pas dû vous coûter 
cette dénonciation! Simple particulier, 
n'ayant guère d'autre milucn que la répu- 
tation de votre richeffe , vous n'avezpas 
craint de paroître donner à un homme 
d'Etat , une leçon d'homme d'Etat! Que 
dis-? Vous n'avez pas craint de trancher 
du Miniftre & même du Miniftre d'Efpa- 
gne avec un Miniftre de France ! D'ap- 
prendre au Contrôleur général des finan- 
ces , qu'il doit laifler s'écouler à flots le 
numéraire du royaume,dansunpays d'où 



1 irpent étranger ne revient jamais !.. è 
Certes , Monfieur , un homme moins 
élevé que vous au-deflus durefpedi hu- 
main, de ce refpeét qui a tant étouffé de 
talens & de vertus , auroit craint le ri- 
dicule d'urle telle conduite* 

Et que n'avez-vous pas bravé ? Les 
hommes fenfés fe demandent ce qui 
dans le livre fur la Banque de Saint- 
Charles,pourroit avec juftice déplaire au 
gouvernement d'Efpagne & à plus forte 
raifon à celui de France l Ils difent mê- 
me que fi le livre eft mauvais , il fera 
fans influence & ne méritera pas la co- 
lère de la Cour de Madrid , tandis que 
s'il eft bon, fondé en raifons , exacft dans 
les faits, l'Auteur rend le plus grand fer- 
vice à l'Efpagne,& le rend d'un ton très- 
mefuré , très-refpeélueux. Ils difent que 
M. Cabarrus n'eft pas même Miniftre ; 
qu'il n'eft qu'un Banquier écrivant, im- 
primant, publiant ks œuvres & cher- 
chant à y aftocier le monde entier. Pour- 
quoi donc , ajoutent-ils, ne feroit-il pas 
permis de répondre à M. Cabarrus & 



même d'avoir raifon contre lui ? Un 
Banquier de Madrid aurck-il bcraie 
grâce à trouver mauvais qu'un I rançois 
très-étranger au Commerce 1 ait centre- 
dit , ou battu en matière de Bar 
Eh ! pourquoi refpeéïerions-nc 
M. Cabarrus., plus qu on ne le reiptéte 
à Madrid même l Son ancien afiocié cfe 
bien.lui demander publiquement comp- 
te d'un profit confidérable,dont il aceufe ! 
M. Cabarrus de lui avoir fouftrait fa part ? 
Un François fera-t-il plus coupable en 
dévoilant les fauffes efpérances f dont 
M. Cabarrus leurre les François ?= Voi- 
là, Monfieur, ce que les hommes hon- 
nêtes 9 les bons Citoyens , les obferva- 
teurs attentifs & fages répètent à l'envi. 
lis difent encore que fi le Cabinet de 
Madrid s'abaiflbit à fe plaindre que mon 
Livre fait la guerre aux Finances d'Efpa- 
gne , il nous feroit aifé de répondre que 
c'eft plutôt r Efpagne qui fait la guerre 
aux Finances de France; car n'eft-il pas 
évident, & qui le fait mieux que vous 
Monlîeur > que cinquante millions au 



(S) 
moins font fortis du royaume (i) de- 
puis fix mois pour aller s'engloutir 
fans retour dans les coffres de la Ban- 
que de Saint - Charles ? Les hommes 
de fens demandent comment le Mi- 
niftre des Finances Françoifes pour- 
roit voir cet événement avec indiffé- 
rence? Comment blâmeroit-il le citoyen 
qui en démontre les fâcheufes confé- 
quences ? Qui, rangeant du côté du gou- 
vernement François l'opinion publique, 
lui donne la force de déplaire à l'Efpa- 
gne pour la fervir l Ils demandent com- 
ment le gouvernement auquel on dé- 
nonce une Banque calquée fur le trop 
fameux fyllême de l'Empyrique Law > 
ne fentiroit pas la néceiîité de pré- 
fervei* ùs fujets dts fuites de cette 
fcience funefte 5 dès qu'elle compro- 
met & leur fortune & ks Finances? 
& ne favoriferoit pas l'inftrudlion , 
qui peut feule dilTiper les illufions 
dont un aventurier téméraire & rufé 

(i) S'il n'eil pas rigoureufemet exaft que tant de millions foient 
foras de France pour la Banque de Saint- Charles , il n'cft pas moins 
vrai que nous avons pour certe valeur d'Avions d* la Banque rie Saint- 
Charles, à moins qu'on ne iuppofe que M. Cabarrus dans £a munifi- 
cence uc ncus ea ait tait prêtent- 



(?) 
voudroit fafciner les efprîts , non pour 

la gloire & la profpérité de l'Efpa- 

gne ; jamais l'agiotage ne produira de 

gloire , ni Tillufion de profpérité ; mais 

pour fa fortune particulière & ks fuccès 

individuels ? 

Vous feul peut-être Monfieur, n'avez 
pas été féduit par des raifonnemens aufîi 
fi mples; vous feul avez fu démêler les 
fophifmes d'un ouvrage û néceflàire 
qu'il a fini par fembler fuperflu & que 
les mêmes hommes qui, depuis plufieurs 
mois y fe livroient au commerce des ac- 
tions de Saint-Charles, ont dit après 
l'avoir lu: ce c'étoit bien la peine de l'é- 
» crire! Eh! qui ne voit tout cela du 
» premier coup d'oeil \ 

Mais , Monfieur , puifque l'aveugle- 
ment eft fi générai , nous avons tous , & 
j'ai fur-tout, moi , prédicant dangereux , 
mais ignorant & par cela même exeufa- 
ble, de menfonges & d'erreurs., quelque 
droit de recourir à vous pour réparer le 
mal que j'ai fait, pour me redrefle.r, 
pour ni'inftruire, pour me convertir. 



(IO) 

Votre opinion a trop de poids , elle eft 
fous cous les rapports trop remarquable 
& trop intérefTante pour refter concen- 
trée dans le cercle de vos amis, ou dans 
celui d'un Miniftre tout-à-fait étranger 
aux Banques & fans doute aux Ban- 
quiers. Votre ame fi profondément pé- 
nétrée de l'amour du bien public, doit 
aimer à fe répandre. Accourez, Mon- 
iîeur , les momens font précieux ; le 
danger efl: preflant ; chaque jour mon 
livre prend plus de faveur ; chaque jour 
ajoute au difcrédit des aélions de Saint- 
Charles. 

Mais il efl: jufle , il efl: utile que je 
détermine autant qu'il efl en moi l'œu- 
vre que nous attendons de vous ; & je 
ne puis mieux remplir cette tâche qu'en 
vous montrant avec lesécueils qui vous 
environnent > les forces que vous avez 
à détruire. 

Depuis que cet homme dont le génie 
pouvoit tout & dont le courage ofa 
quelque chofe > a dit à M. Joflè qu'il 



étoit Orfèvre , tout le monde a eu le 
droit de répéter ce mot à quiconque 
rapporte tout à fon métier ; & j'ai celui 
de chercher qgel eft le métier où je dois 
vous confidérer relativement à mon 
Livre 5 puifque félon vous, les gens du 
métier n'en feront pas les dupes , & que fé- 
lon moi y Ton peut être de vingt métiers 
différens , relativement aux allions de 
la Banque dont j'ai combattu l'engoue- 
ment. D'ailleurs je vous ai dit franche- 
ment,moi,quei eft mon métier^ il eft jufte 
que je connoiffe le vôtre,fans quoi la par- 
tie entre nous ne feroit pas égale ; cher- 
chons donc; je vous impatienterai,Mon- 
iîeur y le moins qu'il me fera poffible. 
Si vous n'aviez fait relativement aux 
a£Hons de Saint-Charles que le métier de 
joueur, il eft clair qu'alors votre propos 
n'auroit pas de fens; je me battrois con- 
tre une ombre; vous conviendriez vous- 
même avec toute la grâce poffible que 
les gens fenfés n'écoutent les joueurs 
qu'autant que ceux-ci raifonnent; vous 
n'avez pas raifonné » & vous m'accufe- 



riez d aimer les victoires faciles...pafîcns. 
Le métier de Négociant vous plaira da- 
vantage. Ceft fous ce rapportjj'aimeàle 
croire,que vous connoiffez des répliques 
à mon Livre. Mais dans quelle claffe de 
Négocians voulez -vous vous placer? 
Il en eft à qui leur fortune permet de 
mettre quelque noblefle, je dirai même 
quelque défintéreffement dans le choix 
des objets de leur Commerce. A de tels 
Négocians , il ne fuffit pas qu'un objet 
de fpéculation en pays étranger 3 leur 
promette par fa nature des gains quel- 
conques ; il faut encore que l'habile- 
té qu'ils mettent à s'en faifir ne contra- 
rie pas , il faut même qu'elle ferve les 
intérêts de leur pays ; ils n'entreprennent 
pas un négoce qu'ils ne l'ayent confé- 
déré dans fonrapportaveclebien public. 
Cette claiTe de commerçans eft afïuré- 
ment la plus honorable. Elle rapproche 
le Négociant de l'homme d'Etat... Mais , 
Monfieur > fi vous vous rangez dans cette 
claffe, vous ferez battu. Que dis-je? 
Toute controverfe ceffera de ce moment 



(H) 

entre nous ; car il faut bien que vous 

conveniez qu'aux yeux d'un Négociant 
patriote, il importe peu fi la Banque de 
Saint-Charles eft folide , ou ne l'eft pas, 
fi elle eft bien ou mal combinée , fi elle 
s'applique judicieufement ou non àl'E£ 
pagne , fi £es allions font un gouffre , ou 
un Pérou. Ce qui lui importe, c'eft que 
l'argent François , néceffaire à l'agricul- 
ture , au commerce , à rinduftrie , aux 
fonds publics du Royaume , ne foit pas 
verfédansuneBanque étrangère.— Vous 
en avez verfé & fait verfer beaucoup , 
Monfieur , dans la Banque de Saint- 
Charles. AfTurément cette conduite ne 
fauroit fe concilier avec le patriotifme 
dont je vous parle, ce patriotifme fi 
fimple , qu'il n eft pas même remarqué 
en Angleterre ou en Hollande , où les 
commercans font communément des 
hommes diftingués, & quelquefois des 
hommes dEtat L. Paffons donc encore. 

Que fi je vous confidére dans la clafie 
des Négocians ordinaires , je fuis obligé 
de faire une nouvelle diftin<5Hon. Le 



but principal de tout Commerce, com- 
me celui de prefque toutes les autres 
vocations delafociété, c'eft l'argent, 
ou fi Ton veut ennoblir ce mot , la for- 
tune. Un aflez grand nombre de Négo- 
cians , foit faute de lumières , foit parce 
qu'ils ne favent point généralifer leurs 
idées , foit & fur-tout à raifon de la 
multitude & de la variété de leurs affai- 
res, réfléchirent peu, & fe livrent fou- 
vent à des fpéculations contraires à leurs 
principes, quand il faut de l'attention 
pourappercevoir cette contrariété. Ainii 
par exemple , tel Commerçant fait par 
habitude , par routine , la traite des Nè- 
gres, qui frémiroit d'horreur à l'idée 
d'exercer fur l'enfant du plus ruftre de 
fes valets , le moins barbare âcs traite- 
mens qui font deftinés aux hommes qu'il 
exporte. Et , pour ne pas fortir de notre 
fujet, combien de Négocians ont fpé- 
culé fur les aélions de Saint-Charles , 
fans faire d'autre réflexion que celle du 
profit qu'on leur promettoit au mo- 
ment l Mais il fuffit d'inftruire ces hom- 



mes qui font le bien par inftinél & le 
mal par inadvertance. Peut-être ne 
font - ils pas capables de grands fa- 
crilices ; mais ils le font moins encore 
d'enrichir un autre pays aux dépens du 
leur. Son intérêt eft toujours au fond de 
leur cœur, prêt à furnager au premier 
mot qui les avertit qu'ils le bleflent. — 
Or peu importe encore à ces gens-là 
qu'on puifle oppofer des faits & même 
des raifons à mon livre. Il leur fuffit 
qu'il puifîe réfulter des conféquences 
fâcheufes de la fortie de notre numé- 
raire , employé à former le Capital per- 
manent d'une Banque étrangère ; & ces 
Négociants dont on trouverait une foule 
en France , tout attachés qu'ils font à 
leurs bénéfices, auraient eu honte de me 
dénoncer, ou même de contredire un 
livre * qui , fur ce point particulier , eft 
au moins très-fpécieux. Mais comme à 
cet égard, je n'ai pas eu le bonheur de 
faire naître le moindre doute dans votre 
efprlt , je trouve la même difficulté , 
Monfieur , à vous ranger fous cette 



diftin6lion dans la clafle la plus corn* 
mune des négocians, que j'en ai trouvé à 
vous placer dans l'ordre le plus relevé. 

Je n'examinerai pas > Moniïeur , fi 
vous avez fait ou non , fur les aétions 
de St. Charles , le métier de capitalifte, 
de commiiîionnaire , de prêteur fur dé- 
pôt d'a6tions , Sec. Sec. Les mêmes dif- 
tinéïions reviendraient, parce que tous 
ces métiers peuvent s'exercer avec quel- 
que candeur , Se fans nuire à fon pays 
pour en favorifer un autre. — Com- 
ment trouverai -je donc le métier où 
vous pourrez avec vraifemblance don- 
ner votre patriotifme pour motil de ce 
que vous avez dit contre mon Livre, 
de ce que vous avez fait contre ma per- 
fonne?.... 

Faut -il vous l'avouer , Monfleur ? 
cette recherche e(l au -de/Tus de mes 
forces y Se je n'ofe plus par politefTe y 
par décence même , parler des autres 
rapports qui ontpuvousinfpirer,qu'/Z Y 
AVOIT BEAUCOUP JbE RAISONS ET DE 
FAITS A OPPOSER A MON LlVRE^ ET 

QUE 



(17) 

QUE LES GENS DU METIER N'EN 
SEROIENT PAS LES DUPES. 

Défendez donc votre patriotifme, 
Monfieur, défendez -le; car fi je dois 
fuppofer qu il a diété votre fentence Se 
vos démarches , il faut que ni moi , ni 
ce très-grand nombre de Lecteurs à qui 
mon Livre a été agréable , n'ayons 
pas pu nous faire une idée de la pro- 
fondeur de vos lumières , nécefTaire en 
cette occafion pour conftater la pureté 
de vos motifs.... Il fera déjà fi beau pour 
vous, Monfieur, de defeendre dans la 
lice ! Cefl: du moins ainfi que je le fens y 
lorfque je confidere tous les défavan- 
tages du terrein fur lequel vous devez 
combattre. 

En effet , & pour parler fans figure, 
quel homme de bonne foi ne comprend 
pas que vous ne fauriez être trop févere 
à vous-même en difeutant mes erreurs, 
puifque vous ou votre maifon avez les 
relations les plus intimes avec M. Ca- 

baxrus Oui, Monfieur, iES plus 

B 



(ï8> 
Intimes; Se je dois vous dire ici ce 
que j'en ai appris* 

Etonné d'un crédit auffi bifarre que 
celui des aélions de la Banque de Saint- 
Charles parmi nous & de leur affluence 
prodigieufe, je trouvois ce phénomène 
incomplètement expliqué par la fureur 
du jeu, ou par Finconiëquence de nos 
Agioteurs , & je cherchois ce qui don- 
noit une fi longue durée à cette dé- 
mence , lorlque j'ai entendu parler de 
nos obligations envers la Banque de 
St.- Charles & M. Cabarrus fon père. 
u Nous ne faurions trop les ménager , 
» s'eft-on écrié autour de moi; ce font 
p eux à qui nous devons cette énorme 
» quantité de piaftres qui fait abonder 
» chez nous le numéraire,, & qui enri- 
» chit ainfi la France. M. Cabarrus a 
y> donné plus de 1 5 o millions en piaftres 
» au Miniftre aéhiel des finances. Quel 
» ami ! quel bienfaiteur ! Comment per- 
» mettre qu'une main facrilége touche 
» à fes autels »! 
"Vous comprendrez aifément,\Maçi- 



iîfeiîTj que ces ménagemens , cette rc* 
çonnoiflance , cette adoration, fi je 
pais m'exprimer ainfi , me partirent 

bientôt ridicules Se même abfurdes 

Car tout tient à f hiftoire de vos traités 
avec M. Cabarrus , aux avantages que 
vous avez obtenus de la CaifTe-d'ef- 
compte , c'eft à-dire , à des relations 
■tout au moins indifférentes au Royaume, 
comme fefpere le montrer tout-à- 
Theufe. 

C'eft bien ici que je puis dire à mon 
tour, en parlant de vous , Monfieur, 
que les gens du mener n'en ont pas été 
les dupes. u* En effet^ s'il eft démontré 
que i'Efpagne ait un folde confidérable 
à payer, fi elle ne peut le payer qu'a- 
vec Tes métaux, fi une partie de ce 
folde eft due à la France , comment 
la France feroit-eile privée de la part du 
numéraire efpagnol , correfpondante à 
ce folde ? Avant cette Banque de St.- 
Charles 8c ce M. Cabarrus , dont i'exiA 
tence eft fi moderne , ne connoifibit-cn 
-pas chez nous lesoiaftres ] ne faifek-cn 

i 2 



(20) 

aucune fourniture à l'Efpagne? n'avoir- 
on point de commerce avec elle , de 
folde à en recevoir ! 

Et pour ce qui eft des quantités con- 
fidérables de piaflres excédentes le folde 
de l'Efpagne envers la France, croit- 
on que leur envoi foit l'effet d'une 
fimple effufîon de la bienveillance de 
M. Cabarrus pour nous l Son intérêt 
bien conflaté ( & pourquoi M. Cabar- 
rus feroit-il infenfible à fon intérêt?) 
l'oblige à avoir des Parilîens pour ban- 
quiers. La Banque de St. -Charles eft 
chargée de verfer dans toute l'Europe 
les balances que les Eipagnols doivent 
à toutes les Nations. Elle trouve fon 
compte à faire de Paris l'intermédiaire 
de {es verfemens : elle répand donc en 
Hollande, en Angleterre & dans le 
Nord 5 des nuées de traites fur Paris , & 
il faut bien qu'elle envoie ici des piaf- 
tres pour acquitter cqs traites. Mais œs 
piaflres reflent-eiles toutes en France ? 
non , fans doute ; il n'en refte dans le 
Royaume que la quantité qui lui appar- 



O) 

tient pour le folde de fon commerce % 
& la Hollande les lui fourniroit au lieu 
d'en tirer d'elle, f\ M. Cabarrus avoit 
pris des Hollandois pour banquiers, ou 
fi MM. Hope avoient cru devoir être 
les agens de M. Cabarrus. L'argent ar- 
rive en grande quantité à Paris ; mais il 
en fort à peu près de même ; & il fui- 
roit plus rapidement , fi l'or ne fortoit 
pas plus vite encore , & au point que 
bientôt ilne nous reliera pas unlouis (i ). 
Il eft impofîible de fe diiïîmuler que 
c'eft à notre commerce, & non à M. Ca- 
barrus , que nous devons les piaftres de 
l'Efpagne. La France n'a pas befoin des 



(i) On peut voir , dans la feuille du Marchand , ea 
date du i Juillet , que les Guinées & Portsgailes qui 
font au titre de 22 karats pleins , fe vendoient fur la 
Place, le 29 Juin, a 754 liv. le maie. 

Les louis d'or ont un quart de kara de remède de 
loi _, ce qui réduit leur titre net a 21 trois quarts ka- 
rats; & par conféquent un marc de l'or dont font faits 
les louis, vaut 745 livres 10 fols. Cependant trente 
louis pèfent un marc, & n'ont de cours numéraire que 
pour 720 livres. 11 y a donc environ trois & demi pour- 
cent à gagner à les fondre. Faut-il s'étonner s'ils de- 
viennent rares î 



( 2 2) 

fecours de M. Cabarrns; c'eft M. Cabar- 
rus qui a befoin des fecours de la France. 
L'utilité prétendue de ces piaftres, qu'on 
fait traverser le Royaume, efl une iliu- 
fion, une chimère. M. Necker & fcs 
adverfaires n'ont qu'un feul & même 
avis fur cette quefticn ; il n'y a plus de 
partage à cet égard. M. de Bourgade 
eft le dernier homme d'Etat qui ait été 
la dupe de l'opinion contraire : mais 
vous favez, Monfieur, que ce M. de 
Bourgade croyoic aux piaftres quarrées; 
qu'il croyoit au papier-monnoie ; qu 'à 
croyoit à l'importance des banquiers, 
& môme à leur intelligence,.., Jufqu'ou 
la crédulité de M. de Bourgade n'alloit- 
«elle pas l il s'étoit bien trouvé capable 
d'être direéleur de nos finances. 

A ia vérité; les relations de M. G>- 
fcarrus avec vous 3 les facilites qu'elles 
lui procurent, au moyen de celles que 
vous avez obtenues de la CaiiTe-d'Êf- 
compte , dont M, votre frère efc Admi- 
niftrateur^ font pafîer par vos mains , 
comme on vient de le voir, les piaftre* 



>3) 

néceflaires au paiement du folde qui re- 
vient à l'Angleterre , à la Hollande-, 
à l'Allemagne. Ce tranfmarchement , 
fî l'on pent parler ainfi, vous laifïe 
des bénéfices fans doute importans 
pour vous, Mais je vous le demande, 
Moniîeur, la Nation a-t-elle dû payer 
de tant de millions égarés dans les Ac- 
tions de St.-Charles , cet arrangement 
lucratif entre vous & M. Cabarrus X 
Encore une fois , les piaftres qu'il vous 
envoie nous reftent-elies ? & les rêver- 
femens que nous en faifons chez l'E- 
tranger, ne prouvent-ils pas afTez que 
puifque les Anglois , les Holiandois <§c 
les Allemands les reçoivent par nous -, 
nous pourrions auffi les recevoir par 



euxî 



Oui , Monfieur , rien n'eft moins à 
craindre pour nous qu'une difette de 
piaftres , tant que des obftacles au-def- 
fus de la bonne ou mauvaife volonté 
de M. Cabanis , & de fa Banque , ne 
les arrêteront pas. Il eft même certain 
*jue fi l-on eûtlaifle le commerce des 

B 4 



piaflres à fon état ordinaire, elles euf- 
fent beaucoup moins coûté à la France, 
où elles feroient arrivées dans plusieurs 
mains , & avec les avantages que la con- 
currence aura toujours fur le monopole. 

Ce qui eft véritablement à redouter, 
Monfieur , c'eft cette grande liaifon 
entre notre CaiiTe - d'Efcompte & la 
Banque de Saint -Charles, dont vous 
êtes l'intermédiaire, & qui eft née de 
votre intimité avec M. Cabarrus. La 
Caiffe-d'Efcompte eft devenue le point 
<Tappui qui facilite à cette Banque l'ex- 
ploitation de fon privilège exclufif d'ex- 
porter les piaftres ; & certes, il ne fau- 
roit être indifférent en ce moment d'en- 
trer dans quelques détails à cet égard. 

L'effet du privilège de l'exportation 
des piaftres , vous ne l'ignorez pas , 
Monfieur; eft, en empêchant les Né- 
gocians Efpagnols de faire leurs remifes 
eu efpèces , de les obliger à recourir 
à la Banque de Saint - Charles , pour 
acheter d'elle les lettres-de-change dont 
ils ont befoin dans l'Etranger, 



La Banque a donc continuellement 
pour des fommes confiderables de let- 
tres-de-change à leur fournir ; elle les 
tire fur votre rnaifon > à trois ou quatre 
mois d'échéance; & cela lui convient; 
car , obligée de faire le fonds de ces 
traites avec des piaftres , elle doit choi- 
sir la place de change où il y a le moins 
de temps & de rifques à Courir, pour 
les y tranfporter. Or 5 entre les places 
importantes qui ont un change ouvert 
avec Madrid , Paris eft , fous tous les 
rapports , la plus convenable à ces 
opérations. 

D'un autre côté , il vous convient à 
vous , puifqu'il fe trouve , fur la route 
d'Efpagne à Paris , des hôtels de 
monnoie moins occupés que celui de la 
Capitale > d'y faire fabriquer en écusles 
piaftres que la Banque de St. Charles 
vous envoie fucceiTivement pour l'ac- 
quit de fes traites. 

Jufques-là rien de plus fimple que 
cette opération; mais elle exige une 
exaétitude févere. La Banque eft fou- 



vent dans le cas de tirer des lettres-de- 
change fur vous à l'avance > & difte- 
rentes caufes peuvent fufpendre l'arrivée 
des piaftres. Leur expédition eft plus on 
moins retardée; elles reftent plus ou 
moins en route ; elles féjournent plus 
ou moins dans les hôtels des monnoies, 
où on les convertit en écus.... Àuffi eft-iî 
arrivé plus d'une fois que l'échéance des 
traites de la Banque devançoit l'arrivée 
des piaftres ; ce qui auroitpu donner de 
l'inquiétude ou de l'embarras à la Maifoa 
de Paris qui a voit accepté ces traites. 

C'eft le fentiment de cette inquié- 
tude qui vous a engagé-, Monfieur, à 
négocier avec la Caifle-d'Efcompte ; et 
Vous avez obtenu d'elle qu'en lui re^- 
mettant le récépifle d'un Directeur 
de monnoies , des piaftres qu'il avort 
à vous , votre Maifon feroit auïfi-tôt 
-créditée de leur valeur, &pourroit, 
par conféquent, en difpofer pour le 
courant de (es affaires. Vous avez même 
obtenu que cette avance ne vous coû- 
terait rien pendant vingt-cinq ]o\m «, 



(>7) 

& que pendant quarante - cinq autres 

jours, elle ne vous feroit comptée que 
fur le pied de quatre pour cent Tannée. 

Tel eft, Monfieur, ce grand bienfait 
pour lequel vous voudriez fans doute 
que nous prônaffions à Fenvi la Ban- 
que de St.-Charles & l'augufte Cabar- 
rus ! Eh ! qui ne voit que vous avez dû 
defirer , indépendamment de toute au- 
tre raifon , que les aétions de fa Ban- 
que fuflent fans celle vantées & recher- 
chées parmi nous , ne fût-ce que pour 
vous tenir au befoin lieu de ces lourdes 
piaftres , qui ne voyagent pas fi lefte- 
ment ? .... Ah ! Monfieur , ne vous éton- 
nez pas fi j'ai parlé des difficultés de la 
tâche à laquelle j'ofe vous inviter. 
Beaucoup de Ledeurs vous en diipen- 
feront, je crois, fur ce feul expofé. 
Quant à moi, qui vous montre avec 
tant de confiance tous les défavantages 
de votre fituation , j'attends , non fans 
quelque impatience, je l'avoue, l'apo- 
logie de la fentence que vous avez 
prononcée, contre mon Livre, & de 



(28) 

celle que vous avez invoquée contre 
ma perfonne. 

Aurefte, Monfieur, je m'abftiendrai 
d'examiner par quels accidens la ponc- 
tualité qu'exige votre Traité avec la 
Banque de Saint - Charles & la CaifTe 
d'Efcompte, pourroit être interrompue. 
Je me perfuade 7 autant qu'il efl en moi r 
qu'une Maifon expérimentée comme la 
vôtre a fu fe mettre parfaitement à l'abri 
de tout contretems fâcheux ; qu'elle a 
enchaîné jufqu'aux circonftances qui 
Semblent le plus indépendantes de toute 
habileté , de toute prévoyance ; qu'en 
un mot , elle domine le fort & les ha- 
fards. Mais il faut bien que vous me per- 
mettiez de confidérer abftraitement les 
conféquences de votre Traité avec la 
CaifTe d'Efcompte; car enfin n'êtes-vous 
pas mortel l votre race même ne peut-elle 
pas finir ? Et ce feroit tellement préfumer 
de la nature humaine,que d'attendre dans 
deux Maifons , ou feulement dans deux 
générations fuccefîives 7 une prefcience 
il au-deflus de nos forces , qu'il eft bon 



1*9} 

de montrer combien , dans l'ordre na- 
turel des chofes, les anticipations qui 
vous ont été accordées , font irrégu- 
lieres & dangereûfes pour une Banque 
de fecours. Je le dois, JVIonfieur , oui , 
je le dois , puifque je me fuis fi forte- 
ment occupé de la Caifle d'Efcompte ; 
&, fi j'ofe le dire, puifque j'ai fait un 
Livre utile fur ce qui importe à fa foli- 
dité. Grâces donc, grâces Monfieur, je 
vous en conjure , pour cette courte dif- 
cuffion. ... Ce n'eft , au refte , pas vous 
qu'elle lai/fera fans intérêt. 

On ne fauroit fe le déguifer, Mon^ 
iieur ; un marché tel que celui que je 
viens d'expofer , auroit , aux yeux dts 
Anglois , par exemple , ces carac- 
tères qui leur font dire , mal-à-propos 
fans doute , que des établiiTemens du 
genre de la CaifTe d'Efcompte ne peu- 
vent pas acquérir de la perpétuité en 
France, faute d'efprit public. En effet, 
lcrfque cet efprit eH compté pour quel* 
que chofe, on ne foule pas ainfi aux 
pieds les principes essentiellement né- 



ceiiaires à une Banque, pour mériter la 
confiance de l'Etat ; on ne fait pas 'plier 
au gré du crédit d'un individu, les rc-^ 
gles importantes & générales, qui ne 
font plus que des jeux d'enfans, ii elles 
ne font pas inaltérables. 

Tranchonsle mot ; M. le Goutteux , 
comme Adminiftrateur de la Caifle d'Ef 
compte, n'auroit jamais dû fe permettre 
une pareille tentative ; & le fuccès 
qu'elle a eu prouve évidemment, ou 
que l'adminiftration de la Caille d'Ef- 
compte envifage rarement les conie- 
quences de fes opérations , ou que M. le 
Coulteux la gouverne félon fon bon 
plaifir. 

I/établiiTement de la CaiiTe d'Ef- 
compte eft uniquement deftiné à l'ef- 
compte des lettres-de-change, ou des 
billets garnis au moins de deux bonnes 
fignatures. Toute autre opération lui eft 
étrangère, tant qu'un ftatut public & 
homologué ne la lui permet pas. Il y 
a plus. Les ftatutsne peuvent & ne doi- 
vent réfulter que d'un examen abftrait 



(30 

de l'objet cônfidéré dans fe$ convenan- 
ces générales , & non à i'cccafion du 
befbin de tel ou tel particulier. Sans 
cette condition , la délibération n'eft: 
pas libre ; les fuffrages y ont été gênés 
par une influence quelconque. Et cette 
confideration générale eft fur-tout fans 
réplique, quand il s'agit des demandes 
que kiit à une Compagnie l'un de fts 
Adminiflrateurs , demandes toujours 
peu décentes, (i l'avantage ne s en rap- 
porte qu'à lui feul, & fur-tout s'il lui 
donne la facilité de faire un monopole. 

D'ailleurs,, qui ne voit que du fait 
dont il s agit, cônfidéré -en lui-même, 
& fans égard au mauvais exemple qu'il 
crée pour l'avenir, aux abus, aux par- 
tialités auxquels il donne entrée , il 
dérive un foule de conféquences très- 
à craindre pour la Caifîe d'Efcompte? 

La Maifon de Paris qu'elle favorife 
accepte les lettres-de-change avant que 
les piaftres foient en fon pouvoir , en 
conféquence du crédit qu'elle a donné 
a la Banque Efpagnoie; mais celle-ci ne 



■(30 

peut-elle donc pas abuferde ce crédit? 

Cette fuppofition eft-elle plus étrange 
que ne Tauroitété^ avant l'événement, 
celle des billets d'Etat , avec lefquels 
ce même M. Cabarrus a fait payer les 
traites tirées fur Madrid dans la dernière 
guerre ? La Banque d'Efpagne ne peut- 
elle pas aufïi retarder l'expédition dts 
piafires > & pour trancher le mot , ne 

peut-elle pas même y manquer? 

Vous allez vous écrier que je blafphê- 

me Un moment , je vous prie ; 

& répondez - moi Suppofons 

que ce foit la Caille d'Efcompte qui 
fe fût obligée de fournir des efpèces 
& la Banque de Saint-Charles , au lieu 
d'en recevoir d'elle; fuppofons que la 
Banque de Saint- Charles n'eût pu ac- 
quitter , à telle échéance y fes engage- 
mens fans les efpèces de la Caifîe d'E£- 
trempte de Paris ; que feroit-il arrivé à 
la Banque d'Efpagne au mois de Sep- 
tembre 1783?.... Je vous le demande 
à vous, Monfieur, & à tous ceux qui^ 
comme vous, après avoir épuifé de nu- 
méraire 



(33) 
mérdire les coffres de la Caiiïe d'Ef- 

compte , fcllicitèrent & obtinrent la 
création d'un papier-monnoic. 

Quoi qu'il en foit , & détournant 
nos regards de ces terribles cataftrophes, 
dont ceux-là n'ont pas le droit de ré- 
cufer la poffibilité , qui en ont donné 
fî récemment le fcandaleux exemple , 
les lettres-de-change tirées par la Ban- 
que d'Efpagne , à Paris , fur MM. le 
Couteulx , & acceptées par cette Mai \ 
fon en vertu d'un Traité, font ordinaire- 
ment efcomptées àla Caiffe d'Efcompte ; 
& en cela, je conviens que cette Banque 
ne court que les rifques qu'elle a confenti 
de courirpar fa nature, pourvu qu'elle y 
mette de la réferve. Mais fi elle y joint 
en même tems une avance à la Maifon 
fur qui les lettres font tirées , ôc cela 
uniquement d'après le Récépifie d'un 
Directeur des monnoies; il eft évident 
qu'alors les rifques de la Caiiïe fe mul- 
tiplient bien au - delà des limites que 
fon régime lui a prefcrites. Les Négo- 
cians favent allez jufqu'où la confiance 

* G 



(34) 

peut aller entre des perfonnes qui ont 

une grande affaire arrangée entre elles, 
& qui croient fe connoître. Des cer- 
tificats faits par un Directeur des mon- 
noies avant l'arrivée des piaftres , dans 
la fécurîté qu'elles y feront expédiées 
& qu'elles y arriveront infailliblement ; 
ou même des reconnoiiîances fimulées 
en tout (ensy ne font pas dans la claffe 
des é vénemens qu'il ne faille pas prévoir, 
lien arrive fouvent de pareils ,& le mal- 
heur de ne pouvoir plus s'en étonner 
n'eft que trop fondé fur l'expérience. 
D'ailleurs , je le répète , ces re- 
connoiffances font loin d'équivaloir au 
genre d'effets fur lefquels la Caiffe 
d'Efcompte doit avancer fon argent ; & 
les rifques qu'entraînent de pareils Trai- 
tés font d'autant plus grands, qu'on ne 
les fait prefque jamais que pour des 
fommes énormes, telles même qu'il eft 
bien peu de Maifons de Commerce en 
Europe , & peut-être pas une feule en 
France > affez riches pour foutenir une 
cataftrophe occafionnée par quelque 
grand abus de confiance en ce genre. 



(35) 

Répondrez - vous > Monfieur , ce que 

vous avez déjà tant dit , que la CaifTe 
d'Efcompte trouve dans votre Traité un 
avantage qui en compenfe les fâcheufes 
conféquences? Puifque vos arrangemens 
lui procurent des paiemens en écus ef- 

feétifs, au lieu de fes propres billets \ 

Oh ! non , Monfieur , cherchez pour 
moi une autre réponfe, car je prouverai 
que celle-là eft abfurde. Les avances que 
vous fait laCaiffe ne font nullement né- 
cefTaires pour lui amener les écus qui ré- 
fultent d'une telle opération. Puifque la 
Banque de Madrid tire des Lettres de 
change fur la Maifon à laquelle les piaf 
très font expédiées y puifque ces lettres 
font efeomptées à la CaifTe , il faut 
bien qu'elles y foient payées. Et avec 
quoi , fi ce n'eft avec les piaftres con- 
verties en écus & qui font deftinées à 
en faire les fonds? 

En vain imaginera- 1- on des viremens 
de parties , des compenfations y ce ne 
fera jamais en dernière analyfe , que des 
routes détournées parlefqueilesles écus 

C a 



arriveront un peu plus tard à la Caîiïe- 
d'Efcompte. Dès qu'il exifte des Traites 
pour l'acquit defqaelleson reçoit des e£ 
peces effectives, il faut que ces efpeces 
aboutirent à la CailTe qui efcompte ces 
lettres & qui en eft ainfi devenue le vé- 
ritable propriétaire. D'ailleurs le pre- 
mier & le plus certain effet desCaifles- 
d'Efcompte , lorfque ces Etabliffemens 
font devenus les Caifles communes de 
tous les principaux Banquiers d'une Pla- 
ce y eft d'y amonceler les efpeces à me- 
fure qu'elles arrivent dans les Villes où 
ces Banques font établies, & où ces 
opérations fe foldent. 

Encore une fois , Monfieur > aufïï 
long-tems qu'il ne vous plaira pas de 
changer nos idées vulgaires de fageiïe 
& de folidité, auflî long-tems que des 
faits jufqu'ici inconnus , ne viendront 
point établir d'autres principes, &vos 
grandes vues étendre nos regards timi- 
des, les hommes de fens ne pourront 
que conclure avec moi que le Traité 
par lequel vous avez lié la Caille d'Ef 



(37) . . 
compte de Paris à vos relations avec 

M . Cabarrus, ne peut pas fubfifter, Se 
qu'il eft de l'intérêt de notre Banque de 
fecours dans tous fes rapports avec le 
Public , de le réfilier d'une manière 
aiTez expreffe ? pour qu'il ne puifle ja- 
mais être cité en exemple ( i). 

Mais il faut achever , Monfieur, de 
remplir mes engagemens , & vous ren- 
dre facile y autant qu'il eft en moi , les 
explications que je vous demande fur 
la Banque de Saint -Charles. C'eft en 
mettant fous vos yeux un très-court ex- 
trait de mon Livre , .& les événe- 
mens qui viennent chaque jour à fou 
appui y que j'acquitterai ma promefie. 
J'efpere même vous laiffer ainfi peu 
de chofe à faire ; le tems de MM. les 
Négocians eft précieux , comme on 
voit ; il ne faut pas en abufer. Auffi , 
Monfîeur , n aurez-vous guère , fî vous 
voulez, qu'à placer quelques mots aux 
marges > à-peu-près comme des Géné^- 

(i) Voyez fur Te Marché de MM. le Couteulx lapre*; 
miere aoce de l'Appendix. 

C3 



raux vainqueurs répondent aux capitu- 
lations que leur propofent de malheu- 
reux affiégés forcés de fe rendre. 



Un mot de ma Préface me paroît tou- 
jours finguliérement vrai : «Tel homme, 
» difois-je à propos des illufîons de nos 
» agioteurs > tel homme qui ne fe per- 
» mettrait pas d'acheter une pièce d'é- 
y> toffe, fans la retourner dix fois, fe livre 
» pour des fommes confidérables au jeu 
» d'effets dont il ne connoît, fous au- 
» cun rapport , ni Thiftoire , ni la pro- 
y> prié té, ni la nature....» Qu'en penfez- 
vous, Monfieur ?... Je n'en fais rien ; mais 
je rapporterai à ce fujet un fait ignoré 
& très-digne d'être connu. 

A la dernière affemblée des Action- 
naires de la Banque de St.Charles, tenue 
pour la reddition des comptes & pour 
le règlement du dividende , M. Cabarrus 
étoit embarraffé. Il ne pouvoit pas faire 
difparoître à fon gré quelques circonf- 
tances contraires au crédit des Aétions, 



(39) 

dont il falloit alors encourager le débit 

par un fort dividende. Or, la fource de 
ces dividendes , de ces bénéfices tant 
vantés paroifïbit équivoque & foible re- 
lativement à leur durée. Ne rendre au- 
cun compte étoit un coup de partie ; 
M. Cabarrus en obtint l'agrément , 
fous le prétexte de ne pas dévoiler 
un accident , dont la caufe y difoit- 
il y feroit mal interprétée. Une Fré- 
gate Françoife , chargée d'aller prendre 
des piaftres à la Havane 5 pour la valeur 
de fept millions de notre monnoie , 
étoit revenue à vuide ; fon mandat 
avoit été protefté ; & la Banque Favoit 

rembourfé Certes , à mon avis , 

M. Cabarrus n'avoit pas tort de crain- 
dre pour une Banque expofée à des 
rembourfemens de ce genre. Mais pre- 
nez garde que ce n étoit-là qu'un pré- 
texte , Se que M. Cabarrus avoit bien 
d'autres raifons de ne pas rendre fon 
compte. Qu'en difent les gens du mé- 
tier. ? . . . . Les Joueurs Parifiens ont-ils 
bien réfléchi fur ces faits \ ou même, les 

C 4 



(4°) 
en avez-vous avertis? . . . Mais revenons 

à mon Livre. 

J'ai prouvé , papiers fur table , fans dé- 
tour , fans équivoque , fans forcer le 
fens d'un feul mot % que M. Cabarrus 
avoit trompé le Public far la deftination 
de fa Banque ; qu'elle fait précifément 
non-feulement ce qu'elle a dit qu'elle 
ne feroit pas , mais encore ce qu'elle a 
hautement condamné, comme étant le 
malheur de l'Efpagne. Au refte , je con- 
viens que s'il n'efl pas poifible de nier 
ici la mauvaife foi > il y a, félon le 
métier dont on eft , 'bien des raifons ÔC 
des faits a oppofer à mon obfervation. 
Si, par exemple , M. Cabarrus s'eft re- 
gardé comme le Médecin de l'Efpagne, 
il falloit bien embellir le calice pour 
farder le breuvage. 

J'ai dit que la Banque de St. Charles 
s'étoitmife, pour fon crédit, pour fes 
valeurs, en un mot, pour les gages de 
fa folidité, fous la dépendance du Gou- 
vernement Efpagnol. Et les bonnes gens 
p ouvoientme répondre : c< La principale 



(4i ) 
y> raifon de cette dépendance, ce font les 

» billets d'Etat dont elle s'eft rendue cau- 
» tion ; mais la fomme de ces billets eft 
» modique ; le Gouvernement n'en fera 
» pas davantage ; on peut y compter. 
» Dès -lors, avec autant de reffources 
» qu'en a l'Efpagne , ce qu'elle a créé 
» de billets d'Etat , eft un fardeau bien 
» léger auquel vous donnez trop d'im- 
» portance ». 

Malheureufement, il n'étoit pas vrai 
que le Gouvernement Efpagnol ne fe- 
rait pas davantage de ces billets ; Se 
le lendemain du jour où j'ai publié mon 
Livre, les lettres d'Êfpagne ont appor- 
té la nouvelle d'une addition remar- 
quable aux billets d'Etat ; je dis remar- 
quable y en ce qu'elle n'eft que de 1 2 
millions de notre monnaie. J'avois 
donc raifon lorfque j'affirmois qu'il ar- 
riverait de deux chofes l'une , ou que 
le Gouvernement,féduitpar les facilités 
apparentes de la Banque , créerait de 
nouveaux billets d'Etat ; ou qu'il anéan- 
tirait la Banque comme inutile. Je n'ai 



pas prétendu qu'il feroit les deux chofes 
à la fois , & je n'ai pas dit que d'avoir 
fait l'une dût empêcher l'autre ; je ne 
le penfe pas ; au contraire... Eh bien > la 
première de ces prédirions s'eft: véri- 
fiée , & cela pour un chétif befoin de 
dow^e millions ! . . . . 

Il faut avoir le courage de le dire ; 
c'eftlà un fymptôme bien fâcheux pour 
l'Efpagne ; & les finances de ce beau 
Royaume font menacées tout au moins 
d'empirer , fi un autre homme que le 
bienfaifant Cabarrus n'en prend pas les 
rênes ; fi les lumières ne pénètrent pas 
jufque dans le cabinet de Madrid. Mais 
combien de gens hélas ! fe font par- 
tout le métier d'écarter les lumières, 
ou d'en arrêter les progrès ! 

J'ai dit que la Banque de St. Charles 
étoit loin d'avoir pour elle le vœu de 
la Nation Espagnole , & je crois l'a- 
voir afiez prouvé, ne fût-ce qu'en mon- 
trant la néceiîité où cette Banque s'eft 
trouvée de débiter la plus grande partie 
de £ts Allions hors du Royaume. Ceux 



qui font métier de cultiver leur raifon 
n'ont pas été les dupes de la jongle riedes 
Adminiftrateurs de la Banque , lors- 
qu'ils cherchoient à faire accroire que 
ce débit étranger étoit contre leur in- 
tention , contre leur volonté même. 
Au moment où les Directeurs ont été 
avertis que l'enthoufiafme Parifien s'af- 
foiblifloit, ils fe font hâtés , & c'eft en- 
core ici un de ces nouveaux faits dont 
M. Cabarrus a eu foin d'étayer mon Li- 
vre; ils fe font hâtés , dis-je , de mettre 
fur la place le refte des Aétions non ven- 
dues , dont ils avoient menacé de ne fe 
deflaifir qu'à fur & à mefure , à tant par 
mois, & toujours en augmentant leur 
prix. Maintenant ils difent que tous 
ceux qui en voudront, auront de ces pré- 
cieufes A étions fans diftin<5tion de pays. 
■ ... 

(i) Les Lettres de Madrid en ont encore annoncé 
fix mille, pais dix mille autres , qui, dit-on, avoient été 
oubliées. Sicelaefl: vrai il faut convenir que cet oubli eft 
peu naturel , & peut-être aimera-t-on mieux croire que 
les Directeurs rapportent fécrétement à la Banque, les 
actions qui en avoient été tirées par eux dans Feipoir 
de les placer en France. 



(44) 

Il en reftoît 17,000 ; quatre à cinq mille 

ont été aufti-tôt placées pour remplir les 
ordres de l'Etranger, qu'on n'a pas eu le 
temps de contremander ; les autres font 
à vendre .... Direz-vous , Monfieur , en- 
core qu'au moins on n'a pas baïiîe leur 
prix ; que pour avoir ces dernières il 
faut 2,700 réaux , c'efî>à-dire 6y<$ li- 
vres? Mais comme homme du métier , 
vous favez bien que bailler publique- 
ment & à Madrid le prix de ces A6Hons, 
eût été. une maladrefle trop grof- 
fîere, qui auroit bien plutôt retardé le 
débit des 17,000 reliantes qu'elle ne 
l'eut accéléré 3 & qu'à Madrid même on 
n'en eft plus à ces élémens.... Monlîeur, 
je vous attends au moment où l'on tente- 
ra de revendre aux Efpagnols lesAéHons 
que les Agioteurs François balotent 
entre eux ; & plût à Dieu que cette 
époque décifîve pût fournir une preu- 
ve contre mon Livre ! nous aurions du 
moins une occafion de retirer notre ar- 
gent des mains des Efpagnols. 

Les Dividendes , les Dividendes ! 



Allez-vous dire en homme du métier^ 
car on fait y Monfieur , combien vous 
êtes fort fur la théorie des Dividendes... 
les Dividendes foutiendront aff?{ le prix 
des Actions ! ... Je le veux ; mais au- 
paravant ne faudra - t - il pas rendre 
compte des opérations de la Banque ? 
Car enfin , un fécond compte fupprimé, 
ou, fi l'on veut, laiffé dans les ténèbres, 
feroit une crife mortelle pour le crédit 
des Aétions. Et que nous apprendra ce 
compte l que l'exportation d^s piaftres , 
cette usurpation de la Banque , diamé- 
tralement contradictoire à ks principes, 
a donné moins de bénéfices cette année 
que la précédente, parce que les retours 
arrêtés & accumulés durant la guerre, 
fe font mis Tannée dernière à leur ni- 
veau naturel. Voilà donc une diminu- 
tion certaine des profits de la Banque; 
profits dont elle ne s'eft emparée fans 
doute que parce qu'elle en avoit be~ 
foin. Ce n'efl pas tout encore ; le pro- 
chain Dividende, qui doit produire tant 
de merveilles , fera principalement for-. 



nié des bénéfices de la Banque fur Tes 
propres Aélions. Ces bénéfices , vous 
le favez , Monfieur ? feront impoffibles 
à répéter. A la vérité, Law les a prolon- 
gés pendant près de deux ans; mais c'a été 
en créant fans cette & fans bornes des 
monceaux d'Aétions nouvelles... Seroit- 
ce dans fa brillante théorie que les gens 
du métier trouveroient des raifons & 
des faits à m'oppofer, de quoi n être pas 
les dupes de mon Livre, & fur-tout de 
quoi foutenir le prix de leurs Aélions? 
Je ne crois pas avoir dit une ineptie 
en affirmant que les vrais bénéfices d'une 
Banque , & fur-tout les plus sûrs , font 
ceux qui réfultent d'une grande émif 
fîon de ks Billets; & j'ai prouvé qu'il 
étoit impoffible que la Banque de St. 
Charles mît un grand nombre de Bil- 
lets en circulation. Je raifonnois alors 
d'après la nature des chofes. Je puis 
parler maintenant d'après les faits. — 
J'ai appris depuis la publication de mon 
Livre que la Banque ne diftribuoit déjà 
plus de {qs Billets & qu'elle Ta tenté vai- 



(4.7) . 
nement durant quinze jours. ... Vous 

triomphez ici , Monfieur. Puifque la 
Banque d'Efpagne ne peut pas mettre en 
circulation des Billets , elle a donc 
bien fait, direz -vous, de fe rejetter 
fur des privilèges , fur des monopoles ... 
Non y Monfieur , elle n' a ni bien , ni 
honnêtement fait ; elle devoit folder 
fes comptes , convenir de fon erreur, 
& laiffer le fceptre des Finances d'Ef- 
pagne à des mains plus habiles & plus 
pures., On fait aujourd'hui ce qu'auroit 
gagné la France à ce que Law fe fût 
conduit ainfi ; & pourquoi donc faut- 
il attendre les dernières cataftrophes 
d'un fyftême défefpéré pour l'aban- 
donner ? 

Mais , Monfieur , il eft temps enfin 
de me faire juftice , j'ai eu un tort 
dans mon Livre „ <Sc je le confefTe ; 
c'eft d'avoir omis de parler de la po- 
pulation de Madrid , fiege de la Ban- 
que de St. Charles. Ceux qui favent 
compter y trouvent à peine cent vingt 
mille âmes ; & c'eft pour cette popu- 



(4?) 

lation prefque fans commerce , & dont 
l'induftrie eft étouffée par des caufes 
qu'une Banque ne fauroit raviver , qu'on 
a jugé néceffaire un capital de foixante- 
quinze millions !.... Je n: ai vu, Monfieur, 
êc je ne vois encore qu'une néceiîité 
à ce capital; c'eft que plus il y aura 
d'Aétions à vendre , & plus il y aura 
de profit pour les gens du métier qui fa- 
vent les vendre. Cette raifon fans doute 
étoit très - forte pour l'Auteur de la 
Banque de St. Charles , mais non pas 
pour l'Efpagne ; & j'ai la bcn-hommie 
de croire que le premier caractère des 
projets qui tendent véritablement à 
faire celfer la pauvreté des nations , 
l'embarras , ou la mauvaife difpofition 
de leurs Finances , c'eft de ne pouvoir 
enrichir ni ceux qui les inventent , ni 
ceux qui les exécutent .... Au refte , je 
conçois qu'après cela les gens du métier 
ont bien dts raifons & des faits à op- 
pofer à mon Livre pour ne pas en être 
les dupes. 

En vérité , Monfleur y votre tâche 

commence 



( 49 ) 

commence à m'effrayer ; plus f y penfe; 

& plus je m'aflure que vous ne par- 
viendrez pas mieux à juftifier la Ban- 
que de St. Charles qu'à donner du 
prix à fes Aétions. J'appréhende pour 
vous qu il ne foit trop vrai que cette 
inftitution eft vicieufe à tous égards v 
& que des établiflemens tout- à -fait 
défintérefles ne foient les feuls qui con- 
vinrent à l'Efpagne en attendant la 
réforme de ùs Loix. 

Que voulez-vous par exemple que la 
Banque de Saint - Charles fafle pour 
l'Agriculteur Efpagnol ? Telle eft la 
Situation qu il ne peut pas trouver d'ar- 
gent à 10 pour 100 d'intérêt, tandis 
que la Compagnie des Gremios en 
refufe à 2 & demi pour 100. Ces faits 
atteftent-ils une difette de numéraire? 
Non , fans doute ; mais ils démontrent 
invinciblement que le Laboureur eft 
rendu info lvable par les impôts exceflifs 
dont il eft accablé! Et la Banque de 
St. Charles l'en délivrera-t-elle ? Prêtera- 
t-elle au Laboureur > fans efpoir d'en 

D 



t , (yo) 

être rembourfée l Cependant quel autre 
fervice refte—il à lui rendre ? 

Sera-t-elle plus utile aux Manufac- 
tures Efpagnoles ? Le poids des impôts 
fur les confommations eft tel en Es- 
pagne, que la matière première forçant 
du royaume grevée de droits énormes 9 y 
revenant manufacturée par les étran- 
gers y & chargée encore de droits d'en- 
trée, y eft cependant à meilleur marché 
que fi elle avoit été manuf aéturée dans 
le pays. Que peut - on donc en Ef- 
pagne pour encourager les Manufac- 
tures , aufîi long-temps qu'on y laiflera 
fubfifter les impôts indirects , fi ce n'eft 
de nourrir gratis les Manufacturiers , 
& de leur prêter de l'argent fans inté- 
rêt? La Banque de Saint-Charles le fera- 
t-elle? J'ai peine à croire que les Agio- 
teurs de Paris, de Lyon, d'Amfterdam, 
de Genève y donnent leur confente- 
ment. 

Mais peut-être vous eft-il rçfervé, 
Monfieur , de nous tirer > de ce laby- 
rinthe; & j'apperçois le fil qui, fans 



(50 

doute y vous conduira. Notre Law de- 
voit opérer tous {es miracles avec les 
tréfors que fes Compagnies rapporte- 
roient d'au-delà des mers. Le Law de 
l'Efpagne réuffira mieux que lui fans 
doute au moyen de fa Compagnie des 
Philippines ; Se c'efl: apparemment fur 
cet objet particulier que les gens du 
métier ont des raifons 3G des faits à op- 
pofer a mon Livre. 

Mais cette entreprife dans laquelle, 
Monfieur, on alfure que la Banque de 
St. Charles confacre vingt millions des 
profits qu'elle a faits en France, au lieu de 
douze millions qu'elle y avoit deftinés 
d'abord ; cette entreprife > me paroît tou- 
jours , paffez-moi le mot > une fiction de 
Roman; & j'ai une impatience inex- 
primable de vous en entendre parler. 
Qu'il me tarde de voir arriver en Efpa- 
gne, fur le papier s'entend, ces mar- 
chandifes de PAfie , qui , ayant paffé 
par les Philippines , feront en Europe 
une guerre vi<5torieufe de concurrence 
avec les autres Compagnies , & les dé- 

D 2 



barrafieront d'autant plutôt de la peine 
qu'elles prennent depuis fi long-temps 
de fe ruiner par un Commerce direct! 
Déjà les Gazetiers , les Nouvelliftes 
de tout genre & fur-tout le Mercure 
de France, toujours fi profond , fi vrai , 
fi judicieux dans fa partie politique ; 
car un politique très-diftingué la rédige; 
déjà tous ces excellens écrits, qui ne 
trompent & ne fe trompent jamais, 
ne doutent plus des fuccès vraiment 
furnaturels de cette fublime concep- 
tion. Mais , Monfieur ., hâtez - vous , 
hâtez-vous donc; car vous devez fentir 
qu'avant que l'inventaire de la Compa- 
gnie desCarraquesfoit fait, que les nou- 
veaux comptoirs foient établis, que les 
vaifleaux de l'entrepôt des trois mondes 
foient prêts , les Agens de ce Com- 
merce tout neuf inftruits; que dis-je? 
avant qu'on ait trouvé ce qui eft fî 
rare dans toutes les Compagnies, des 
faéteurs ou fubrécargues fidèles , in- 
telligens , exercés , connoifîeurs dans 
les objets dont l'achat leur eft confié; 



avant qu'on foit parvenu à faire réufîîr 
ces accefîbires (ans nombre & fans 
bornes ; la compagnie des Philippines 
& fes vafles projets pourvoient bien 
être oubliés. Qui fait même ? ces ac- 
cefîbires font chers ; la Nation Efpa - 
gnole eft généreufe; à la façon dont 
les chofes vont dans ce meilleur des 
mondes , les fonds des Actionnaires 
pourroient bien être dépenfés dans le 
premier voyage d'Efpagne en Améri- 
que 9 de l'Amérique à Manille , de 
Manille au Bengale, ou à la Chine. Et 
prenez-y garde , Monfieur, il n'en eft 
pas de ces emreprifes comme d une 
Manufacture d'écuelles de terre, dont 
la première mife peut bien coûter cent 
mille francs, mais qui bientôt exploite 
des millions de pièces de poteries qui 
ne coûtent pas mille libres.. . Hélas ! 
me difoit l'autre jour un Anverfois $ 
j'ai mis beaucoup d'argent dans les 
Aélions de la compagnie de Seville ; 
tout s'eft évanoui, & je n'ai pas même 
eu la fatisfa£tion de favoir comment ^ 



(H) 

tant on a de confîdération pour les 
étrangers en Efpagne ! 

Ii eft bien d'autres objets traités dans 
mon Livre > fur lefquels votre difcuffion 
doit s'étendre. Si , par exemple , j'ai 
balbutié des erreurs fur le. tour adroit 
qu'a joué M. Cabarrus aux Banquiers 
étrangers , pour leur endofTer des bil- 
lets d'Etat pendant la dernière guerre , 
vous daignerez les détruire, Monfieur: 
cela eft d'autant plus néceflaire, que 
c'eft-là un fait public & notoire; 8c 
lî je l'avois altéré, je me ferois fouillé 
d'une calomnie aufîî groiîiere que cou- 
pable. Mais j'efpere qu'on me foupçon- 
nera difficilement d'une pareille fottife ; 
car fuffé-je méchant, il faudroit bien ne 
favoir que dire au milieu de tant de 
faits prouvés & répréhenfibles , pour 
s'abaiffer à calomnier. 

Ce que j'ai avancé fur îe numéraire 
de TEfpagne , fur fon intérêt à ne pas 
laiffer avilir les métaux 9 fur l'impro- 
priété d'une Banque dans un pays où 
l'induftrie n'eft pas étouffée par la di- 



te des moyens d'échange , mérite 
fli votre attention > Monfieur ; car fi 
us avez bien lu mon Livre, vous 
*ez vu que ce n'eft pas l'enfemble 
de mes objeétions qui tue la Banque 
de Saint-Charles; c'eft chacune d'elles 
en particulier : de forte que fi vous ne 
les détruifez pas toutes , vous n'arrive- 
rez jamais à votre grand but y celui 
de maintenir en France le commerce 
des actions de cette Banque , & de le 
défendre contre l'accufation d'igno- 
rance , de légèreté , d'inconféquence y 
& fur-tout d'avidité perfonnelle , à la 
voix de laquelle tout patriote éclairé 
eft fourd , ou plutôt que tout bon 
citoyen fe doit de repouffer. 

Je ne faurois trop vous le répeter, 
Monfieur , j'ignore dans quel kns 
vous avez dit que les gens du mener ne 
feront pas les dupes de mon Livre. Je 
fais comme un chaffeur , je bats les 
builfons j & cela donne à ma Lettre 
un aîr de défordre . . . N'importe, fi vous 
daignez me répondre méthodiquement 

* D4 



Wfr) 

la vôtre n'en fera que plus claire. Vous 
y rendrez fenfible comment les cin- 
quante millions fortis de France pour 
paiïèr en Efpagne , ne font qu'un prêt 
que nous faifons à nos bons alliés, qui 
nous les rendront bientôt avec libéra- 
lité Je fais que les Agioteurs nous 

le promettent 5 mais hélas ! leur véri- 
table emblème n eft-il pas cet élégant 
mercure que M. Cabarrus a fait deffi- 
ner fur les Aétions de fa Banque > Se 
qui s'envoie aux yeux des fpeétateurs..,. 

dirai- je dupés? Non, Monlieur, pas 

encore, ce fèroit trop anticiper fur le 
dénouement. Paffez-moi cette obfer- 
vation peu férieufe. Tout ce qui eft 
fort* des mains du Law Efpagnol eft 
iî vifiblement marqué au coin du char- 
latanifme , qu'il eft impoffible de ne 
pas l'y xeconnoître prefque dans &s 

moindres traces Ici même , où 

nous ne laifîbns pas que de favoir ven- 
dre l'orviétan , nous exprimons tout 
amplement , en caraéieres d'impri- 
merie , ce qu'une A6Hon doit porter. 



<J7) 

M. Cabarrus a fait des Tiennes une ma- 
gnifique eftampe , chargée de toutes les 
allégories de Plutus. Les enfans fe ren- 
dent à la puiflance des images; & com- 
bien de fois par jour ne fommes-nous pas 
tous des enfans? Mais enfin n'y en eût-il 
que cent qui dufîent céder aux images 
de M. Cabarrus , ce n'eft pas une fottife 
que d'avoir fbngé à ces cent enfans. 
Aufîî j'efpere bien que les gens du mé~ 
£/£T propoferont d'enluminer la féconde 
édition ; car ne vouloir pas être dupe 

avoifine aflez le projet d'en faire 

Pardon , Monfieur , ce n'eft pas moi 
qui révèle ce fecret du métier , c'eft 
notre naif & judicieux Montaigne. 

Je pourrais terminer ici ma Lettre 
déjà trop longue , fans doute, pour les 
innombrables affaires & les penfers pro- 
fonds qui vous occupent ; mais com- 
ment pafler fous filence la puifTance de 
votre opinion fur la nature de la Ban- 
que de St. -Charles, fur la valeur de 
fes Aélions , fur l'Efpagne , fur fon 
commerce, fon numéraire, &s intérêts, 



(58) 

les Compagnies, fur M. Cabarrus, fur 
les privilèges & les monopoles dont 
il fe montre lî friand, fur les vafles 
conceptions que ks coups d'effai pro- 
mettent Vous feul en favez le fe- 

cret; daignez defcendre jufqu'à nous 
en inftruire ; vous qui , appartenant à 
toutes les Compagnies , devez fi bien 
les connoître; vous qui réunifiez tant 
de relations & de fondions , d'intérêts 
& de devoirs ; vous déjà célèbre ou 
digne de l'être par des fuccès fi rares > 

fi extraordinaires 

Affeéïe qui voudra de ne rien admi- 
rer ! Pour moi , je l'avoue , je ne fuis pas 
encore revenu de cette fameufe Re- 
quête préfentée au Roi au nom des 
Actionnaires de la CaifTe-d'Efcompte , 
qui ne vous en avoient pas chargé. 
A la vérité cette Requête nous a valu , 
par la plus incroyable furprife faite à 
la religion du Prince & de fes Mi- 
niftres , le fameux Arrêt du 24 Jan- 
vier ; cet Arrêt , dont j'ai dit que 
Dieu même ne fauroit le rendre jufte 



dans fon effet rétroa&if (i); cet Ar- 
rêt, à l'ombre duquel on voit fe rouler 
dans la fange du mépris , des hommes 
qui foulent aux pieds des engagemens 
pofîtifs & facrés , dans l'opinion que 
la juftice humaine ne pourra pas les at- 
teindre ; des hommes dont les noms 
devraient être affichés aux portes des 
bureaux de tous les Commerçans y de 
tous les gens d'affaires pour leur en 
fermer l'entrée & qu'il ne tiendra pas 
à moi , d'arracher à leur obfcurité native 
pour les condamner à une renommée 
éternelle , digne rétribution de ces lâ- 
ches déhontés , qui n'ont de courage 
que pour braver l'infamie. 

Mais , Monfieur , plus leur caufe eft 
odieufe , & plus vdtre requête eft ap- 
paremment un tour de force fublime* 



(1) Et remarquez que, comme je Pavois bien pré- 
dit , l'Arrêt ne fubfifte que dans fa force rétroactive ; 
puifque Ton fait, autant que jamais, des marchés à 
primes , & qu'il s'eft engagé beaucoup de paris très- 
confidérables fur les derniers dividendes. 



(66) 

Au refle, je dois vous apprendre que 
ceux qui la iifent aujourd'hui, fe de- 
mandent ce que vous avez voulu dire 
fur le jeu , fur {qs conféquences , fur la 
follicitude que vous avez montré , en 
faveur des fujets du Roi & de leur 
fortune compromife. «Quoi! s'écrient- 
» ils , c'étoit donc pour laifler le 
» champ plus libre à un jeu effréné & 
» vraiment infenfé fur les Aétions de 
» S. Charles 5 que M. Lecouteuix de la 
» Noraye a fupplié S. M. au nom des 
» Actionnaires de la Caiffe-d'Efcompte 
» qui ne l'en chargeoient pas, de dé- 
» fendre le jeu fur les dividendes de 
» cette Banque nationale , d'annuller 
» les marchés déjà faits? C'étoit pour 
» inonder lui-même le Royaume d'Ac- 
» tions étrangères»!... Certes, Monfieur, 
cette inconféquence eft un peu forte ; 
& croyez-moi, votre honneur vous 
ordonne de la juftifier : oui , votre hon- 
neur. Souffrez que je vous le dife : les 
hommes imoortans , fe renferment un 



(6i) 
peu trop dans le myflere de leur fcience 
Se de leur infaillibilité. Ils ne difeu- 
tent point ; rarement ils permettent 
aux autres de difeuter : & lorfque par 
hafard on élevé quelques doutes fur 
leur doctrine , ou leur geftion, ils ne 
répondent point, ils blâment ou pros- 
crivent fans defeendre à motiver leur 
conduite. Comment les fimples mor- 
tels parviendraient -ils jamais à fortir 
des ténèbres de l'ignorance ? Crever 
leurs yeux débiles , ou les couvrir 
d'un triple bandeau, c'eft tout ce qu'on 
daigne leur accorder de foins. Hélas î 
quand faura-t-on donc que fi Dieu dai- 
gnoit defeendre fur la terre pour gou- 
verner les hommes, & qu'il renonçât à 
fa toute-puifTance , de les repécrir à fon 
gré, lui-même ne pourrait fe difpenfer 
d'avoir recours à l'inftruétion, fans la- 
quelle les Adminiftrateurs & les peu- 
ples ne marcheront jamais d'un pas 
égal, & fe retrouveront toujours dans 
la confufion des langues ? 

Quoi qu'il en puifle être, convenez 



(62) 

du moins , Monfieur > que pour peu 
qu'on ait des prétentions , pour peu 
qu'on juge à propos d'agir dans un rap- 
port diredt avec la chofe publique, & 
que non content de fes affaires natu- 
relles & ordinaires , on veuille y affo- 
cier une influence jufques fur l'Admi- 
niftration même , on doit inftruire & dif 
cuter:& fur-tout on doitmoti ver ks rai- 
fons & fa conduite, lorfqu on blâme ou 
qu'on profcrit ceux qui , dédaignant 
Tobicurité , ou , fi vous voulez , la pru- 
dence de Fanonyme , cherchent, non à 
influer 5 mais à affocier le bon fens & 
la raifon à tout ce qui peut devenir 
national. 



C eft dans cet objet , auquel ten- 
dront éternellement mes efforts ( & 
non dans aucun de{Tein de rivalifer 
avec vous , Monfieur; car qui pourroit 
être affez téméraire ? ) 9 que je ne puis 
réfifter à la tentation de vous dire en- 
core un mot fur la CaifTe-d'Efcompte. 



Depuis que mon Livre fur cet Etablif 
fement a reçu le fceau de l'approba- 
tion la plus univerfelie , il devient in- 
térefTant de favoir pourquoi il n'a pas 
obtenu la voire ; (car c'eft fans doute 
qu'il ne Ta pas méritée ) , & pourquoi 
vous vous hâtâtes , à Tinftant où il 
parut , d'aller avec MM. les Adminis- 
trateurs vos Confrères , folliciter ma 
punitiop? Puifque cette fatisfa6Hon vous 
a été refufée , il auroit été au moins dé- 
cent de publier les raifons qui vous por- 
tèrent à la demander. Je les ai vainement 
cherchées , & fi vous ner prenez pas la 
peine de vous expliquer , je crains bien 
qu'on ne puilTe en trouver d'autres , 
fïnon que la vérité vous a grièvement 
offenfé .... mais laifîôns là toutes ces 
vaines paroles ; allons au fait , & veuil- 
lez nous expliquer , Monfieur , com-* 
ment le mouvement perpétuel de l'agio^ 
tage ejl nécejjaire a la vie des Actions 
de la Caijje-d' Efcompte. Non- feulement 
ces mots font fortis de votre bouche 
& de votre plume ; mais ils paroifknt 



le réfumé de votre théorie ; & ce prin- 
cipe y baf e éternelle de vos résolutions 
perfonnelles > Teft auffi de celles que 
vous infpirez à l'AfTemblée générale 
des Actionnaires. 

Je croyois, Monfieur, que la valeur 
des Actions de la Caifle - d'Efcompte 
fe déduifoit de la nature de cet éta- 
bliraient y de la folidité de fes opé- 
rations , du revenu qu'on peut raifon- 
nablement en attendre. Je croyois que 
cette manière de la déterminer étoic 
d'autant plus favorable à la Cailfe > 
qu'elle s'écartibit de toute exagération, 
& que l'exagération étant le principal 
moyen des Joueurs , ne peut fuggérer 
aucun principe de juftice y de bon or- 
dre & de bien public. Je croyois .... 
mais je ne veux pas répéter mon Livre; 
je veux feulement vous montrer par 
les faits combien ce pitoyable but 
d'entretenir le Jeu fur les AéHons de 
la Caiffe - d'Efcompte produit des ré- 
glemens propres â jetter cette Banque 

de 



WD 

de fecours dans des defordres très- 
graves. 

Dans l'Aflemblée générale du m 
Juin , on a arrêté des réglemens pour 
être offerts à la Sanction Royale. L'Ar- 
rêt du 16 Janvier l'ordonnoit ainfi y 
& vouloit que ces réglemens oppo- 
faflent une telle barrière à l'agiotage 
dts A<5Hons , que l'intérêt des Agio- 
teurs ne pût pas influer dans la fixa- 
tion des dividendes. Il s'agifîbit de 
donner au Dividende une bafe fixe 
& de déterminer une méthode qui , 
en réglant l'accroifTement des divi- 
dendes , pourvût à des économies fuf- 
fifantes autant que la prudence humai- 
ne peut s'étendre. A-t-on rempli ce 
but par la méthode actuellement adop- 
tée ? 

Cette méthode confifle à prélever 
fur les bénéfices une fomme égale à y 
pour ioo du capital réel des A étions. 
Cette levée formera le Dividende fixe. 
Le furplus doit être partagé en deux 
parts ; l'une pour être ajoutée au di~ 

E 



vidende fixe ; 1 autre pour être mîfe en 
réferve, & quand ces réferves feront 
arrivées à une certaine fbmme, elles 
doivent êire jointes au capital réel des 
AcStions : ce procédé fe répétera lue- 
ceïfivement, & s'il eilpofîible, jufqu'à 
la confommation des fiécles. 

Tout cela ferait à merveille, Mon^ 
îieur j fi ce bel arrangement n'étoit pas 
uniquement fondé fur votre hypothèfe 
favorite ; c'efl: - à - dire fur celle des 
Joueurs : à favoir qu'on ne doit fuppofer 
que des bénéfices & jamais de perte. 

Un certain homme qui a le tort 
grave d'avoir fouvent raifon, & de ne 
pas céder volontiers lorfqu'il a raifon y 
ce certain homme peu complaifant pour 
vous Meilleurs & apparemment beau- 
coup plus inftruit dans le calcul des 
probabilités , n'en déplaife à votre théo- 
rie des chances, ofadans l'afiemblée du 
2,1 Juin demander aux Adminiftrateurs 
comment on feroit, fi dans le cas où 
les bénéfices , ne pouvant fufiîre au 
Dividende fixe déterminé par le ré- 



<*7> 
gîement, & le fonds de réferve le 

trouvant épuifé en paiïant dans le fonds 

capital permanent , ou de toute autre 

manière , il ne refteroit pas de quoi 

former un Dividende? 

Meilleurs vos confrères voulurent 

répondre; mais vous vous emparâtes 

de la parole avec le noble fentiment 

de votre fupériorité qui vous fuit par^- 

tout * & après un farcafme légèrement 

lancé fur le pefant obfervateur, qui, 

comme on voit> n'avoit que du bon 

fens, vous dites ces propres mots!» Rieil 

» n'eft plus aifé que de réfoudre la 

» difficulté qu on nous propofe. De la 

» MÊME MANIERE QUE DES FONDS DE 
J) RÉSERVE AUROIENT ÉTÉ CONVERTIS 
» EN CAPITAUX PERMANENS, CES CAPI* 
5> NAUX PERMANENS REDEVIENDROIENf 
» DES FONDS DE RÉSERVE O fublime 

Se profonde théorie ! qu'ils feroient 
nouveaux & intéreflans les dévélop- 

pemens qui te juftifient! MefTieurs 

vos confrères > ne les connoiflent pas 

E a 



(6$) 

ïans doute, car ces capitaux tout-à~Ia- 
fois permanens & non permanens , 
leur ont paru 11 difficiles à comprendre, 
qu'à finftant même , ils vous ont dé- 
savoué Monfieur. 

Il ne reftoit plus qu'une reflburce 
contre ce délire , & nous devons à la 
fagefle du Miniftre dont l'efprit coi> 
ciliateur a cru devoir vous laifTer mar- 
cher fans lifieres , & n'a pas voulu 
vous demander un règlement plus com- 
plet ; nous lui devons , dis-je , une meil- 
leure réponfe que la vôtre àl'objeélion 
très-raifonnable & très-fîmple qui vous 
étoit faite. L'Arrêt qui homologue le 
règlement dont il eft ici queftion , a 
mis obftacle au plus dangereux des 
abus qui naiffent de fbn imperfection. 
Il a déterminé que ï accroîjfement fuc- 
cejfif qui fera fait au Capital des Actions 
ne pourra être entame'. Le fupplément , 
eft-il dit dans le préambule , quiferoit 
nécejfaire pour maintenir le taux du Di- 
yidende , ne devant jamais être pris que 



(6 9 y 

fur ce qui refiera en réferve ( i ). 

Mais ou prendra- 1- on ce fupplé- 
ment y s'il vous plaît, quand Une reliera 
rien en réferve? Certes, je ne vois ici 
que la bourfe de MM. les Actionnai- 
res qui doive pourvoir au fuppié- 
ment ; & il faut convenir qu elle eft 
faite pour cela ; il feroit trop injufte 
d'entamer des capitaux dont la per- 
manence & l'augmentation devien- 
nent tous les jours plus néceflaires pour 
répondre de *la folidité d'une caifTe y 



(i) Voilà encore un des falutaires effets de l'in- 
tervention de l'autorité dans rAdminiftration de la 
GairTe-d'Efcom'pte. Et oui niera que cette interven- 
tion ne foit devenue nécefTaire pour mettre le capital de 
cette Banque à couvert des altérations que l'ingénieux 
fyftême de M. de la Noraye pouvoit y caufer. 

La Caille- d'Efcompte eft une Commandite Se les 
capitaux de toute Commandite font le gage de la 
confiance qu'on lui accorde. "Le public dont la CaifTe 
eft conftamment débitrice , ne connoît que fes capi- 
taux. Les expofer à une diminution , fans qu'il y ait une 
règle pou* la réparer au moment même, c'eft ne faire, 
aucun cas de la confiance publique ; c'eft vouloir fe 
fonder fur des illufions j c'eft vouloir que le Public aie 
les mêmes vues que les Marchands d'Actions. Au rejïe 
yoye\ le dernier règlement à la fuite de cet Ouvrage, 

*E 3 



(70;- 
qui, depuis la crife de 1783 , ne s'enfle 
que par une fuite des opérations les plus 
extraordinaires. 

Je vais maintenant vous montrer que 
vos dividendes, pour la Habilité de l'aug- 
mentation defquels il étoit prudent Se 
même décent de tout faire ; (or toute aug- 
mentation confiante fuppofe lenteur & 
uniformité ) je vais vous montrer, dis- je, 
que vos dividendes deviennent d'unein- 
certitude tout-à- fait propre à baifler con- 
lîdérablement le prix aéhiei des A étions, 
du moins auprès de tout homme qui ne 
dédaigne pas de faire entrer la raifon& 
la prévoyance dans ùs calculs. 

Je n'ignore pas que MM. les Admi- 
niftrateurs difent que tous les jours ils 
fe refufent à efeompter beaucoup de 
lettres -de- change , & qu'ils en con- 
cluent que les profits de la Caillé iront 
toujours encroiflant. Mais à quel homme 
defens cette conclufion intéreflee pour- 
roit-elle en impofer? I/efcompte des 
lettres- de «change feroit très-chetif, 
qu'encore feiuferoit-on d'en efeompter; 



car il n'y a aucune raifon qui puifiô 
faire efcompter les lettres qu'on ne juge 
pas bonnes. D'ailleurs, dans le moment 
a6iuel, tant d'autres motifs peuvent oc- 
casionner ces refus, qu'ils ne prouvent 
abfolument rien en faveur de la mafîe 
d'affaires à laquelle la Caifle peut pré- 
tendre. La multitude des circulations 
dont le jeu extravagant fur les Allions 
de tout genre , eft l'unique bafe , peut 
fort bien empêcher beaucoup de lettres- 
de-change très -bonnes & très-recom- 
mandables par leur objet, de trouver 
grâce devant MM. les Adminiftrateurs J 
& fans rappeler ici ce que j'ai dit dans 
mon Traité de la Caiiïe d'Efcompte * 
fur le choix des lettres-de-change , Se 
fur l'application dts fecours de cette 
Banque , je crois fermement que beau- 
coup de lettres-de-change ne font re- 
fufées que parce qu'on en efcompte 
trop d'autres , parce qu'on craint de ne 
pas laifler aflez de place à la CailTe d'E£ 
compte pour les lettres qui viennent de 
l'immenfe circulation entre Madrid Se 

E4 



(7*) 

Paris, devenue nécefîaire au Commerce 

des Aétions de Saint - Charles & des 
piaftres ; & je le crois parce que c'eft 
une conféquence néceftaire du fyftême 
de favorifer le jeu fur les Actions , 
fyftême donc MM. les Adminiftrateurs 
ne fe cachent plus. 

Ces circonftances m'autorifentàpen- 
fer , avec tous les Calculateurs véridi- 
ques & prévoyans , que le maximum 
des bénéfices de la Caifte d'Efcompte 
ne fauroit être eftimé plus d'un million 
par fénieftre , fans fuppofer, en même- 
temps , qu'il y ait derrière les opérations 
actuelles qui doivent & qui ne fauroienc 
trop tôt prendre fin , d'autres opérations 
plus fages qui les remplaceront, ce qui 
eft difficile à croire; non relativement à 
la fagefte , car il ne peut y avoir qu'à 
gagner à cet égard pour la Caifle d'Ef- 
compte : mais relativement aux fommes 
que les premières de ces opérations 
tiennent en circulation. 

Toutes fois , je fuppofe avecMM. les 
Adminiftrateurs qui l'ont déclaré dans 



(73) 
leur aflemblée du 1 1 Juin , que la Caifle 

gagnera dorénavant un million par fé- 
meftre , l'un portant l'autre ; je ne 
compte point les bénéfices du fémeftre 
écoulé ; je ne le connois pas (i). 
Mais outre que ce fémeftre eft aflfe&é 
au-delà de votre attente par l'excès du 
jeu fur les Actions de St-Charles & fur 
les eaux de Paris ; fes bénéfices réfultent 
d'ailleurs d'un efcompte prolongé à 
quatre & demi pour cent contre toute 
juftice & contre les engagemens de la 
Caifle d'Efcompte envers le Public. 
Or cet emploi doit être réduit au taux 
de la paix, c'eft-à-dire, à quatre pour 
cent dès le mois où nous femmes ; du 
moins j'ofe encore efpérer cet aéte de 

décence & de juftice (2). 

Suppofons donc un million de béné- 
fices par fémeftre , & voyons ce qui , 
dans cette hypothefe 9 doit réfulter du 
dernier Règlement. 



(1) Voyez la Note II de l'Appendix. 

(2) Voyez la Note I de l'Appendix. 



L'A&ion eft maintenant confidérée 
comme un capital de 3000 liv. Le di- 
vidende fixé à cinq pour cent fur le ca- 
pital fera donc de 150 liv. Partant, ce 
dividende déduit d un million laiffera 
encore 25*0,000 livres de bénéfices à 
difpofer. Suivant le Règlement, on doit 
partager cet excédent entre les Action- 
naires & le fonds de réferve ; mais tout 
ce qui ne donnera pas une fomme ronde 
de dix livres pour la part des Action- 
naires , devra être porté fans partage au 
fonds de réferve. 

Ici donc il y aura 100,000 liv. pour 
les Actionnaires , & 150,000 liv. pour 
le fonds de réferve. 

Dès que le fonds de réferve aura 
atteint trois millions ôc demi, il en 
fera retiré une fomme de deux millions 
& demi pour être ajoutée au fond ca- 
pital. Or comme il y a déjà deux mil- 
lions & demi au fonds de réferve , cette 
opération fe fera en trois ans & demi , 
& durant ce terme , le dividende fera 
de 170 liv* 



Apres cette opération qui aura lieu 
en 1788 , fAétion fera confidérée 
comme un capital de 3500 liv. ; & le 
dividende de cinq pour cent , que le 
Règlement lui attribue , montera à 175 
livres ; mais alors auffi il ne refiera que 
125,000 liv. de bénéfices , excédent à 
partager entre les Actionnaires & le 
fonds de réferve. Par la claufe des dix 
livres , on ne pourra donner de cet ex- 
cédent, que 50,000 livres aux Action- 
naires, & 75,000 liv. feront mifes au 
fonds de réferve. Il y reftoit un million; 
ainfi au bout de dix-fept ans environ , 
ce million, croiffant chaque fémeftre 
de 75,000 liv. arrivera à trois millions 
êc demi ; & pendant dix-fept ans , le 
dividende fera de 185 liv. 

Ce fera donc en 1805 que le capital 
de TAélion atteindra la valeur réelle de 
4000 liv. ; & le dividende étant fixé 
par votre Règlement à cinq pour cent , 
fera de 200 liv. 

Mais cinq mille Aélions à 200 liv. 
font un million : le bénéfice préf luné ne 



laiilera donc plus d'excédent à partager, 
plus de fonds de réferve à faire , plus 
rien en faveur des À6lionnaires & du 
prix des Actions, Tous les événemens 
feront contre eux, puifque ce million 
fuffira j afte pour payer le dividende de 
chaque A6tion. 

Que fi au lieu d'un million de bé- 
néfice, vous ne fuppofez que 95 0,000 
livres, ( & remarquez que cette fup- 
pofition eft toujours bien forte) prenez 
vous-même la plume , Monfieur , & 
calculez. Vous arriverez au réfultat 
vicieux de porter le capital de votre 
Aélion à 4000 livres, & de ne pouvoir 
lui attribuer qu'un dividende de 190 L 
c'eft-à-dire , inférieur de dix livres à la 
fixation de cinq pour cent du capital 
faite par votre Règlement, 

Et fi vous voulez fuppofer un gain 
plus fort d'un million, & le porter à 
un million cinquante mille livres , pre- 
nez encore la plume , & calculez. 
Vous arriverez à un dividende de 1 80 1. 
jufquà la fin de 1788 ; de 185 livres 



(77) , , 

jufqu'en 1799 : depuis lors , le ca- 
pital de rÂ6lion étant porté à 4000 1. 
& le dividende par conféquent à .200, 
vous n'aurez plus que 50,000 livres 
par fémeftre pour parer aux événemens 
finiftres d'une Caifle obligée à foutenir 
des affaires immenfes, puifqu'elle a be- 
foin, pour ne pas reculer, de gagner 
uu million net de frais & de perte à 
chaque fémeftre. 

Voilà les réfultats , Monfieur , où 
Ton apperçoit, avec la clarté de l'évi- 
dence , combien TAdminiflration de 
la CaifTe d'Efcompte a été égarée par 
la fureur de maintenir un jeu bizarre 
& défordonné fur les A étions, au mé- 
pris des avis que lui donnoient des 
Hommes trop éclairés , trop perfpica- 
ces, pour que les Agioteurs puifTent les 
aimer. Vous avez négligé une méthode 
dont l'effet eût afluré une marche conf- 
tante aux Aélions , & , ce qui eft 
bien effentiel, jamais rétrograde, pour 
en fubftituer une dont l'effet eft une 
incertitude continuelle, une reffource 



întariiTable pour animer le jeu le plus 
cbfcur , le plus trompeur , & une dif 
poiition toujours aéiive à groflir les 
dividendes, fans égard aux règles de 
la prudence , & à la permanence de la 
Caifîe , dont les Adminiflrateurs de- 
vroient être incefîamment & pardefTus 
tout occupés. 

Et ne penfez pas qu'un dividende 
plus fort que je ne le fuppofe pour le 
femeftre écoulé , fut un argument vic- 
torieux contre mes calculs. Les élans 
brufques & furnaturels amènent bientôt 
une diminution inattendue de forces ; 
& la Fable du Lièvre & de la Tortue 
eft d'autant plus applicable ici que feus 
plus d'un rapport la Tortue devoit être 
l'emblème de la CaifTe d'Efcompte. 

Comment n'avez-vous pas fenti que 
ces dix pour cent d'intérêt annuel que 
vous obligez la Cai{fe d'Efcompte à 
donner aux Actionnaires , pour chaque 
fomme dont leur capital s'accroîtra , 
détruiront à la fin toutes les économies 
imaginables: Eh l que ne vous deman- 



diez-vous à vous-même , Monfieur , fi 
vous accorderiez du crédit à une So- 
ciété de commerce , dont les Aiïbciés 
vous déclareroient qu'ils prélèveront 
annuellement dix pour cent fur leurs 
capitaux & fur la moitié de leurs béné- 
fices amoncelés ? Vous auriez bientôt 
trouvé dans votre propre réponfe, qu'il 
feroit impofTible que des Capitaliftes 
priftent aucune confiance dans un fonds 
expofé à fe difcréditer ainfi par la na- 
ture même de {es Réglemens. 

Cependant c'eft fur les convenances 
des Capitaliftes qu'on prétend eftimer 
les Aélions de la Caifïe d'Efcompte. 
Il falloit donc leur donner une valeur 
moins orageufe ; il falloit fur-tout ne 
pas montrer cette foif maladroite de 
hauts dividendes , qu'aux yeux du Mi- 
niftre on fair pafler pour une crainte 
charitable de voir , fi l'on ne les fou- 
tient pas , beaucoup de fpéculateurs 
ruinés y tandis que chaque jour , ces 
mêmes perfonnes auxquelles on paroît 
porter un intérêt fi tendre , fe mettent 



(8o) 
dans une pofition plus ruineufe. 

Inftruifez-moi donc, Monfieur, ou 
plutôt répondez -moi; fi vous ne me 
permettez pas de conclure que le der- 
nier Règlement demandé & obtenu 
par l'AiTemblèe générale des Action- 
naires de la CaifTe d'Efcompte, eft très- 
défavorable à la haufTe des A£tions , 
6c ne peut que leur donner déformais 
une marche rétrograde , fans avoir 
même l'avantage de modérer le jeu. 
Je fens bien qu'on tentera toute forte 
d'efforts pour s'oppofer à la baifle des 
A£Hons ; que cent arrangemens feront 
pris pour les foutenir ; mais , Monfieur, 
croyez-en un homme qui n'a pas l'hon- 
neur d'être affez favant pour mettre les 
iliuficns à la place des réalités : il n'y 
a de bons arrangemens que ceux qui 
ne contrarient pas la nature des chofes; 
il faut qu'à la fin tout cède à la nature 
des chofes (i). 



(1) Ec prenez garde que la fan&ion du Gouverne- 
ment, l'homologation annexée au dernier règlement, 

J'ai 



<8i) 
J'ai difcuté votre Règlement dans 
Thypothèfe d'un million de bénéfices y 
& de cinquante mille livres de plus ou 
de moins. Ceft aflurément les eftimer 
plutôt au - deffus qu'au -de (Tous de ce 
qu'ils feront. Les Marchands d'A6lions 
n'en conviendront pas ; mais qu'ils fe 
donnent la peine de développer, comme 
moi, leur opinion par écrit, qu'ils nous 
difent fi nous pouvons toujours compter 
fur une aufîî grande abondance de nu- 
méraire que celle qui a eu lieu dans 
ces derniers temps , s'ils ont jamais 
vu la place de Paris occupée d'autant 
d'affaires; qu'ils nous difent , ce qui 
remplacera cet agiotage exceifif fur 
les Aélions de la CaifTe d'Efcompte, 
fur celles de la Banque de Madrid, 
fur celles des eaux de Paris ; & s'ils 
penfent que cet agiotage , qui crée 8c 

ne rafïiirera pas les Capitaliftes autant qu'on le pourroit 
croire. Le gouvernement a penfé & dû penfer à la fu- 
reté du gage , c'eft-à-dire aux capitaux , & non aux 
fuccès d'Actionnaires & d'Adminiiïrateurs ivres de 
cupidité. 



(82) 

renouvelle fans cefle une prodigieufe 
quantité de papiers de circulation , 
doive & puilTe durer ; qu'ils daignent 
nous dire enfin fur quelle bafe cette 
durée feroit aïîife : car jufqu'à préfent il 
eft impoflible à un homme fenfé d'i- 
maginer rien de plus frêle & de plus 
précaire. 

Les Aélions de la Caifle d'Efcompte 
n'ont encore aujourd'hui qu'une valeur 
réelle de 3500 liv., ("favoir 3000 liv. 
de capital primitif, & 5 00 iiv.provenant 
du fond de réferve entamé à la vérité , 
depuis 18 mois, mais aflez légèrement 
pour qu'on puiffele réputer comme en- 
tier dans les réfultats) ; & après 20 ans , 
£n admettant qu'il n'y aura point d'aug- 
mentation de frais , point de perte , 
point de concurrence , elles rendront 
aoo livres , & leur capital réel fera 
alors de 4000 livres. Veut-on que ces 
4000 liv. foient payées 8000 livras? 
A la bonne-heure encore , malgré l'ab- 
furdité; mais prouvez -nous donc que 
c'efl bien la peine de fe confumer en 



(83) 

efForts dangereux & malhonnêtes, pour 
foutenir le prix exceflif d'un effet qui 
doit fubir l'épreuve de vingt années 
avant de valoir moitié en fiétion, moi- 
tié en réalité, 8000 liv.? Sont- ce là 
des affaires bien folides, des affaires 
qui puiffent durer (1) ? 

Encore une fois , Monfîeur, je vous 
en conjure, au nom de vous-même & 
de la patrie , defcendez dans 1' arène , 
ou plutôt montez dans la tribune aux 
harangues. Vous devriez avoir déjà tant 
d'or; dérobez quelques inftans au foin 
de votre fortune. Oui , Monlîeur, vous 
pouvez aujourd'hui , fans danger pour 
elle, vous abandonner à votre ame ci- 
vique ; rappellez-vous ce vers heureux 
d'un ancien. 

Enrichis toi d'abord, Riche, parle en Romain (i) 3 

Donnez-nous donc des réponfes préci- 

(1) Voyez Appendix, note III. 
(2.) S poids auroque replctus cum 
libcacj Romanus cris Claudian. 

F 2 



fes à tant d'allégations , de preuves , & 
d'objeétions. Donnez-nous des notions 
faines fur la Banque de St. Charles , 
fur its relations avec la Caifle-d'Ef- 
compte de Paris , & fur celles de votre 
maifon avec Tune & l'autre de ces 
Compagnies. Saififlez cette occafîon 
de nous expliquer votre conduite & 
vos procédés dans vos divers métiers 
de Commiifaire de la CaifTe-d'Efcomp- 
te , d'homme d'Etat, de Banquier. 

Et certes 5 ce n'efl pas fous ce dernier 
rapport que vous aurez le moins d'inf 
tru étions à nous donner; puifqu'il s'a- 
git^ veuillez ne pas l'oublier, Monfieur, 
de nous faire comprendre comment 
Vous enrichiflez la France par le feul 
tranfiz des piaftres que la Banque de 
Madrid vous charge de verfer en Hol- 
lande , en Angleterre & dans le Nord, 
& comment même vous augmentez 
direélement la malTe de notre numé- 
raire en inondant nos villes d'A6tions 
de Saint - Charles , pour lefquelles 
r noiis avons payé ou nous devons à la 






Banque cinquante millions de livres qui 
alimenteroient peut-être à préfent 
rinduftrieFrancoife , fi M. Cabarrus ôc 
vous n'aviez pas imaginé de les em- 
ployer, plus utilement, fans doute dans 
le papier - monnoie de l'Efpagne. 
On avoit déjà dit que le plus petit 
Fabriquant de Lodeve ou de Lou- 
viers qui parvient par fon induftrie à 
augmenter d'une feule balle de draps 
l'exportation de nos manufactures , 
produit un effet plus réel fur l'accroif 
fe nient de notre numéraire que les 
Banquiers les plus habiles. Mais ce 
qu'on n'avoit pas imaginé encore , & 
dont vous deviez être le premier 
exemple , comme vous en ferez pro- 
bablement le dernier Apologifte, c'eft 
qu'un Banquier homme d'Etat, pourvu 
que {es intentions foient bien pures , 
fon efprit bien droit & £es vues bien pa- 
triotiques , étoit capable de diminuera 
lui feuldans fix mois le numéraire de la 
France, d'une fomme plus grande que 
toute l'induftrie de la nation ne pour- 



(26) 
roit y en attirer dans une année. 
C'eft un témoignage qui prouve à la 
fois , Monfieur , & l'étendue de vos 
opérations y & leur prodigieufe utilité. 
Souffrez au refte qu'avant de finir , 
je fafle une obfervation bien fimple , 
& qui fera peut-être utile à vos parti- 
fans. Ils n'y penfent point affez, Mon- 
sieur, le fanatifme peut gâter la plus 
belle des caufes. Tantôt , renfermés 
dans votre infaillibilité qui cependant 
ne nous eft encore connue que par leur 
révélation; tantôt, donnant l'effor à 
leur enthoufiafme , ils prodiguent les 
gros mots & n'énoncent pas une 
raifon contre ceux qui différent d'a- 
vis avec vous. Par exemple , ils ont 
accufé le Livre fur la Caiffe - d* Es- 
compte d'être un libelle , & fans doute 
ils feront le même honneur à cette 
Lettre .... Un libelle , bon Dieu ! un 
libelle ! . . . . D'abord , jamais libelle 
ne porta un nom <> & fi j'ofe le dire 
un nom affez connu... Enfuite , voyez 
donc combien de chofes j'aurois pu di- 



(§7) 
re (non pas en faifant un libelle, les mé- 
dians même, lorfqu ils ont un peu d es- 
prit , dédaignent d'en faire ; & vous au- 
tres , Ariftocrates de Banque , ne prenez 
apparemment pas mes Livres pour des 
bêtifes imprimées , puifque vous les 
attribuez tantôt à un homme d'un es- 
prit rare & d'un mérite diftingué , & 
tantôt à un autre homme , dont vous- 
mêmes fts ennemis' implacables , re- 
connoifTez les talens fupérieurs & la 
profonde habileté en Finances) ; com- 
bien donc j'aurois pu dire de chofes, 
non pas en faifant un libelle , mais 
feulement en écartant le fcrupule qui 
m'a fait repouiTer de cet ouvrage toute 
confidération particulière dont il auroit 
pu recevoir la teinte de la perfonnalité , 
fi défavorable lorfqu'eile n'efl pas né- 
ceffaire. 

Relifez cet Ecrit, Monfieur ; auffibien 
pourroit-il vous aider un jour à diriger 
la Caiffe d'Efcompte : relifez-le,- & vous 
conviendrez qu'il étoit impoffibie d'être 
plus mefuréque je ne l'ai été. Vous con- 



(88) 

viendrez que ceux qui m'ont dé- 
noncé d'abord au Roi > puis aux Mi- 
niftres,enfuite au Public, dansde petits 
Ecrits bien clandeftins , pour un homme 
qui ne refpeélerien , étoient > indépen- 
damment de leur lâcheté ^ tout au moins 
auffi ridicules que ce je ne fais quel 
Lalanne , coufin de M. Cabarrus > qui , 
le foir même de la journée fatale où 
j'ai ofé lancer dans le monde mon der- 
nier Volume , courut demander juftice 
au Lieutenant de Police , à qui bientôt 
on demandera Fextrême-onétion à ce 

que je m'affure 

Oh ! qu'ils font infenfés y ceux qui 
croient que les gens en place pourroient, 
quand ils le voudroient, étouffer la véri- 
té ! comme fi tous les efforts contre elle 
ne la réhaufferoient pas ! comme fi l'hom- 
me qui l'aime avec énergie n'avoit pas , 
dans cette pafîion même la force ne- 
ceffaire pour agiter d'un trait de 
plume les Puiffances de la terre ! Oui , 
Monfieur; ils font bien infenfés; & ce 
n'efc qu en faveur de leur abfurdité 



(8p) 

qu'on peut oublier les coups lâches & 
perfides qu'ils portent dans les ténè- 
bres ! 

Souffrez que je finifîe, par TafTurance 
fincère de tous les fentimens que vous 
méritez, une Lettre où vous voudriez 
bien trouver la fignature de M. Pan- 
chaud , & qu'en confcience cepen- 
dant, & par juftice pour lui & pour 
moi-même , je dois encore figner. 

MIRABEAU. 

A Paris, 13 Juillet 17%$* 



AP P EN DIX. 



NOTE I. 

Sur la fuppojîtion que le taux de Vefcompte fera remis 
à quatre pour cent. 

jl) étuis que j'ai écrit ma Lettre H s'eft tenu une 
sfTemblée générale des Actionnaires de la CaifTe- 
d'Efcompte; on y a rejette prefqu'à l'unanijnité 
des fufFrages, la propofition de réduire le taux dç 
l'Efcompte de 4. { , à 4 pour £ , attendu que cette 
rédudion ctoit contraire à l'intérêt des Actionnaires, 
& indifférente à TAdminiflrateur des finances. 

Quant à la première de ces raifons, mes Lec- 
teurs voudront bien fe rappeller qu'il y a ici deux 
intérêts; celui des Actionnaires abftraitement par- 
lant, & celui des Marchands d'Aétions.... L'intérêt 
des Actionnaires confédéré abftraitement, eft tout 
entier concentré dans l'utilité de la CaifTe, parce 
que Ton utilité eft la meilleure caution qu'elle puifïe 
avoir de fa permanence. Mais pour un établifîe- 
ment public dont le fort dépend de fon utilité, ce 
n'eft pas afTez que d'être utile , il faut l'être le 
plus poftjble; fans quoi la lice refte ouverte aux 
conçu rrens qui fauroient mieux faire.... Et je ne 
comprends pas, je l'avoue, comment l'aiguillon de 
l'agiotage, qui a tant produit de théories ingé- 



[ 5>» ] 

nïeufes fur les dividendes, n'a pas fart fentir aux 
Actionnaires de la Caifle-d'Efcompte qu'un métier 
qui leur vaut près de deux millions par an J pour- 
roit trouver des imitateurs malgré la parfaite in- 
différence du fiecle pour tout ce qui eft profit 8c 
argent.... Il n'eft donc pas vrai qu'il foit de i'inté- 
rêt des Actionnaires de conferver ie taux de l'Ef- 
compte à 47 pour^, pendant que la Caille peut 
encore gagner beaucoup en le baifTant à 4. C'eft 
imaginer qu'on a un privilège exclu fi f, & qu'on 
peut en abufer contre le Public , que de faire de 
femblables arrêtés. 

Quant à l'intérêt des Marchands d'Actions , 
comme il n'eft fondé que fur la probabilité qu'une 
illufion durera un peu de temps, & que tous fe 
flattent de mettre ce temps à profit, il eft clair que 
îes facrifices qu'il faut favoir faire à la permanence 
n'intérelTent îes Marchands d'Actions que d'une 
manière trop générale pour qu'ils la fentenr. Us 
raifonnent , à l'égard des Actions qu'ils veulent 
vendre inçefTamment , comme les gens fans pofté- 
rité fur les futurs contingens de leur fortune. Apres 
nous, difent-ils, apkès nous le déluge ; Se ce 
mot odieux eft, comme on voit, aufli peu propre à 
la confervation de la Calife d'Efcompte qu'à celle 
de la Société. C'eft précifément pour avertir le 
Gouvernement Se le Public du danger de l'infou- 
ciance des Marchands d'Actions à l'égard d'un éta,- 



I P2 ] 

bliiïement dont !a confervation, fous ce point de 
vue national, eft utile „ que j'ai fait mon ouvrage 
fur la Caifîe-d'Efcompte. Je ne m'attendois pas que 
peu de jours après fa publication , PAfTemblée géné- 
rale prendroit à tâche de donner une démonftration 
fi fimple, ii évidente de la nécelTité de mon Livre.., 
J'en remercie Meilleurs les Marchands d'Aclions, 
comme je dois des remercimens à M. Gabarrus , 
d'avoir fortifié par de nouveaux faits ma théorie 
fur fa Banque. 

Mars j'avoue nue fi je comprends îa petite po- 
litique des Marchands d'Actions , je ne comprends 
pas qu'ils aient ofé dire que la barffe du taux de 
i'Efcompte foit indifférente à Padminiftrateur des 
finances. Tout ce qui tend à faire bailTer le taux 
de l'intérêt eft fi important . fi néee (Taire, fi fécond 
en co'nféquences heureufes pour le Royaume, fous 
quelque rapport qu'on envifage ces intérêts, que je 
ne puis croire à cette indifférence. Les raifons qui 
ont valu à la CaifTe-d'Efcompte la protection du 
Gouvernement, ne fubfiftent-eiies donc plus ? Au- 
roit-on découvert un nouvel ordre de vérités fur fon 
influence & fur fon milité qui change toutes les 
notions reçues r 

Le marché entre la CaiflTe-d'Efcompte & Mel^ 
fieurs Lecouteulx a été confirmé dans la même 
Affemblce, tant les lumières y ont été vives & 
fûtes. 



LP3 ] 

M. de laNorayeeft parvenu à le faire prier par une afTembîée gé- 
nérale compofée de n ou 15 Adrniniftrateurs & CommifTaires 
fes Collègues , Se d'une trentaine d'Actionnaires , dont les fept 
huitièmes étoient les Ailociés a les Commis ou les Coufins de 
ces memes Adminiftratenrs , ou des Escompteurs tremblans 
du refus qu'on fsroic de leur papier : Il eft parvenu , dis-je , 
dans une telle aifemblée à fe faire prier de ne pas réfîlier un 
marché qui a paru aux Adrniniftrateurs 9 comme leur papier- 
monoye de Septembre 1783, un Pérou peur la CaiiTe - d'Ef- 
compte -y mais les gens du métier rien feront -point les dupes y 
& quoique , dans le torrent de fon éloquence défenfive , M. de 
la Norayc ait été réduit pour foutenir fon fyftême , à fup- 
pofer que , fans lui , le gouvernement des Pays-Bas, fe rendroit 
faux monoyeur , & s'aviliroit à faire fabriquer à Bruxelles des 
Ecus à l'effigie du Roi de Fiance 3 il eft refté conftaté tout comme 
auparavant , que ni M. Cabarrus , ni M. de la Noraye , ni 
la Caille -d'Efcompte , ne peuvent donner à la France que les 
Piaftres qui lui appartiennent naturellement , à moins qu'ils 
ne faflent une création de cinq à fix mille Actions de la CaifTe- 
d'Efcomte au capital de trois mille livres comme les anciennes , & 
qu'ils ne perfuadent à M. Cabarrus de s'en charger au prix de huit 
mille livres chacune. Ce ne feroit après tout qu'un prêté rendu , & 
le bénéfice de cinq mille livres par Action fur toutes celles 
qu'on placeroit ainfi , viendioit bien à propos au fecours du 
dividende fur celles qui exiftent déjà. Cela s'eft pratiqué ainfi par 
ja Banque de Saint-Charles en Janvier dernier ^ & cela fe prati- 
quera probablement mieux encore en Janvier prochain , u l'on 
réuiTit à vendre les dix - fept mille Actions que cette Banque 
s'é:oit réfervées , & qui complètent la première création de 
cent cinquante mille Actions annoncées par M. Cabarrus. Il 
eft vrai qu'il s'eft ménagé dans la cédule d'en créer de tems 
en tems quelque petite quantité encore , & qu'on a promis à 
la Banque toutes les amplifications de facultés dont elle pouiroit 
avoir befoin j ainfi l'on peut efpércr que nous n'en chômerons pas. 



f 94 ] 
Au refte îa dïfcuflion du rnarclié de MM. le 

Coulteux a maniftllé un fait curieux ont 

payé treize mille & quelques centaines de livres 
pour l'intérêt à 4. pour £ des avances de la CaifTe, 
par delà les vingt-cinq jours dont ils peuvent en 
jouir gratis, & Pobjet du marché s'efl élevé à vingt 
millions jufqirau 30 Juin dernier. Mais ces treize 
mille & quelques cens livres font égales à l'intérêt 
de fix joins fur vingt millions. Or iîx jours font à 
13200 liv. comme vingt-cinq jours font à jyooo I. 
La Cailfe a donc facrifié jjooo liv. à MM. Le- 
coutenlx pour la commodité de leur marché avec 
la Banque d'Efpagne;.... c^eit-à-dire , pour que 
les pialtres nous venant par une feule Maifon, nous 
coutaiîent plus cher que fi elles nous fu fient ve- 
nues par pluiieurs; ou en d'autres termes, pour 
procurer à l'Efpagne un plus grand prix de fes 
piafLes qu'elle n'en auroit tiré fans cet arrange- 
ment entre MM. Lecouteulx & la CaifTe-d'Ef- 
compte. 

Ce n'étoit donc pas afTez que de dire, comme 
on Ta fait dans la dernière AfTemblée générale ., 
que les avantages de ce marché font chimériques 
pour la Cailfe; il falloit ajouter qu'elle fait pour 
ce marché une dépenfe inutile; . . .. & j'efpere que 
M. de la Noraye me faura gré de la douceur de 
cette note, après les idées qu'elle réveille. 



nmtdtMtn t m (■ i nwirnMWffînmffn M T«» i n i m ii i i— ■■■ M m /mi *+wrr'T*nv m 

N O T E I I. 

Sur les bénéfices du fémejlre écoulé. 

ALn'eft pas plus aifé , depuis rAflemblée géné- 
rale de Vendredi 8 Juillet , où le rapport des 
bénéfices a été fait, de s'en former une idée nette, 
qu'il ne l'étoit auparavant. L'Adminiflration élevé 
même à ce fujet une prétention dont le fuccès 
fournîroit un article curieux à l'hiftoire de la 
CailTe- d'Efcompte. 

Lors de la crife de 1783 , on crut, & avec rar- 
fon, devoir faire environner de plus près l'Admi- 
nillration par les Actionnaires , & Ton llatua le 
règlement qui ordonne une nomination de Com- 
miffaires pour vérifier les comptes qui feront mis 
par l'A dminifl ration fous les yeux de rAflemblée 
générale de la CaifTe-d'Efcompte, avant la fixation 
du dividende (1). Maintenant, fous le prétexte de 
l'exiftence des CommifTaires, MM. les Adminiftra- 
teurs refufent les écIaircilTemens que les Action- 

(1) Voye-^ l'arc. XII du Règlement homologué par Arrêt du 
Confeil du 2$ Novembre 1783, p. 164 de mon Livre de la 
C aifle- d'Efcompte. Cet article eft textuellement plus fort ouc 
nous ne le rapportons ici 5 ainfi l'on peut efpérer que nous n'en 
chzmeronspas. 



• Isf ] 

naires leur demandent féance tenante , fur les 
comptes qui leur font préfentés : enforte que fi 
un Actionnaire a befoin d'un éclairciflement , (bit 
pour faire une proportion , foit pour en examiner 
une, foit pour le rendre raifon a un fait, foit pour 
donner une indication fpéciale aux Commifîaires 
examinateurs , il en eit privé. On lui répond : 
« Nous n'avons rien à vous dire; les CommifTaires 
33 examineront tout, vérifieront tout» 3 & peu s'en 
faut qu'on n'ajoute : Certainement MM. les Corn- 
mijfaires rapporteront que tout ejl bien. 

Mais a-t-on donc oublié que ces CommifTaires, 
dont la création date de Novembre 1783 , époque 
peu glorieufe pour TAdmîniflration de la CaifTe- 
d'Efcompte, n'ont pas été imaginés pour anéantir 
Jes droits que poffédoient déjà les Actionnaires? 
qu'ils l'ont été au contraire pour les aidera inf- 
pedter les parties les plus cachées de l'Adminiflra- 
tion intérieure, & fur-tout à reconnoître fi les 
réglemens font foigneufement obfervcs? La Loi 
de Novembre 1783 fut une loi de défiance, 8c 
généralement applaudie comme telle. Il feroit aiïez 
adroit aux Administrateurs d'avoir converti cette 
communication active ordonnée entre eux 8c leurs 
commettans en une barrière infurmontable ; 8c ils y 
feroient parvenus, fi l'ufage s'ctablifïbit de refufer 
tout écIairciiTement aux Actionnaires afTemblcs , 

parce 



ts>7 ] 

parce qif alors les Adminiftrateurs, vrais defpotesde- 
l'AfTemblée , pourroient faire élire pour le coin- 
miflariat leurs frères, leurs coufins, leurs afîociés, 
ieurs agens mêmes , & les récompenfer d'un ap- 
prentiftàge de huit jours par une maitrife de huit 
années , c'eft-à-dire , par des places d'Admïnillra- 
teurs. Mais fi rien de tout cela n'exifle encore, ils 
dédaigneront fans doute de profiter de tous ces 
avantages 5 chacun voit combien il feroit abfurde 
de craindre que ces fuppofitions fe réaiifaftent , 
& pour fe rafiiirer., il ne faudroit que vérifier les 
dernières nominations. Efpérons donc que les Com- 
mifTaires expliqueront d'eux-mêmes aux Action- 
naires : 

i°. L'état actuel du compte des pertes, qui ; 
au fémeftre de Janvier dernier, indiquoit une dé- 
falcation de 104,000 liv. a faire fur les bénéfices. 

2°. L'état actuel du fonds de réferve, qui n'étoit 
pas encore porté au complet de 2,500,000 livres, 
quoique l'Arrêt du .23 Novembre 1783, le fup- 
posât déjà de cette fomme. 

3 . Pourquoi, fila perte de 104^000 liv. n'efl 
pas compenfée, on diffère cette opération, puifque 
cette perte n'eft plus douteufe depuis dix huit 
mois > 

4 . Pourquoi Tefcompte du porte- feuille ne 
monte qu'à 25*7, 138 livres, tandis qu'au dernier 
fémeflre il s'élevoit à 283,792, quoique dans ce 

G 



[ P8 J 

fé mettre ci on ait efcompté treize millions de let- 
tres-de-change de pins que dans le précédent? II 
efl naturel de croire qu'il doit être relié au 30 Juin 
plus de lettres-de-change dans le porte feuille qu'il 
n'en reltoit au 31 Décembre dernier. Le contraire 
peut fans doute s'expliquer ; mais il peut auffi y 
avoir une erreur : & d'aiileurs il n'eA pas in- 
différent de connoître toutes ies combinaifons , 
toutes les proportions que l'expérience manifeftej 
on s'éclaire toujours davantage. 

5 . Pourquoi il y a eu une grande diminution 
de frais ? Ce peut être matière d'éloge pour MM. les 
Adminiflrateurs; mars ce peut être auffi matière 

à réflexion Les infinimens petits ne font plus 

à négliger depuis le dernier Règlement. Par exem- 
ple, il ne faut que la plus petite fomme de plus 
'ou de moins dans les frais pour décider fi un divi- 
dende fera de dix livres de plus ou de â\x livres de 
moins; & dix livres de plus dans un dividende ne 
font pas une bagatelle aux yeux des joueurs. Sui- 
vant leur théorie, ces dix livres en font vingt par 
an , & vingt livres font à cinq pour cent l'intérêt 
de quatre cens liv. Il ne tiendtoit donc dans tel 
réfuitat donné, qu'à renvoyer de payer un compte 
de vingt livres au féirj^flre fuivant , pour faire 
valoir l'aélion quatre cens livres de plus. Or, on 
n'a pas encore propofé qu'il fût défendit à MM. les 
Adminiflrateurs de faire en aucune manière le 
cgmraerce des Actions. 



( 5>ï> ) 



NOTE III. 

Comparaifon du fort de deux Spéculateurs , dont Vun 
auroit choiji d'acheter des Actions de la CaiJfe-d'Ef 
compte j tandis que Vautre auroit placé fin argent 
dans le dernier Emprunt. 

VjOMME tout eil 'comparaifon, fur-tout en matière 
de finances, j'ai jugé qu'il ne feroit pas inutile pour 
faire appercevoir la différence qui fépare les effets 
de la prudence d'avec ceux de l'agiotage dans les 
placemens d'argent, de comparer ici le fort de deux 
fpéculateurs , dont l'un auroit choifr d'acheter des 
A étions de la Caille- d'Efcompte , tandis que l'autre 
auroit piacé fes fonds dans le dernier Emprunt. 

Si je premier acheté trois Actions de là Calife- 
d'Efcompte , à 7yoo livres , il débourfe 225*00 Iiv. 
S'il les garde vingt-cinq ans, fon argent lui rendra, 
en ne fuppofant aucun accident dans un li long in- 
tervalle, environ y p. £ par an, au moyen des Divi- 
dendes. Si au bout de ce terme il veut vendre fes 
Actions , la fuppofition la plus avantageuft: ne fau- 
roit lui en promettre plus de huit mille livres; car 
alors le capital réel ne fera que de 4000 liv., & 
le Dividende de 200 Iiv.: notre fpéculateur aura 
donc gagné, dans vingt cinq ans, 15*00 liv. fur fes 
trois Aétions. 

G 2 



( ioo ) 
Si l'autre Spéculateur, au lieu d'Actions, acnette 
vingt cinq ReconnoilTances du dernier Emprunt, il 
débourfera 2jooo 1., plus une prime de 4 p. §J mais 
je ne compte pas cette prime, parce qu'il eft dû lix 
mois d'arrérages, & que d'ailleurs j'aifuppoféaufTi les 
délions de la CaifTe-d'E (compte à un plus bas prix 
que le cours adueï; qui eft de 765-0 liv., le Divi- 
dende payé. 

Que ces vingt-cinq ReconnoilTances correfpon- 
dent aux vingt- cinq fériés dont l'emprunt eft com- 
pofé,Ie Spéculateur recevra nécessairement chaque 
année un remboursement qui, indépendamment du 
coupon annuel de ; p. ~ } deftiné à lui tenir lieu 
d'intérêt , accroîtra Ton capital de S 800 livres. 

Qu'il place ces 8800 1. à l'intérêt fimple de 5* p. £, 
àmeiure qu'elles lai rentreront, elles s'accroîtront 
an bout de vingt -cinq ans jufqu'à 12730 liv.; 
& ajoutant à cette fomme le rembourfement de fou 
capital, il aura acquis en tout à la vingt-cinquième 
année 37730 livres. 

Mais la mife en fond du Spéculateur fur les Actions 
delà Caille- d'Efcompte, r.'eft que de 225*00 liv., 
tandis que celle du Spéculateur fur l'Emprunt eit 
de 25*000 liv. Il faut donc, pour comparer les deux 
produits _, déduire un dixième fur le produit des 
2cooo liv. placées dans l'Emprunt. Diminuons, 
fur ces 37730 iiv. qu'aura acquis le Spéculateur en 
billets de l'Emprunt, un dixième du total, ou 



( ioi ) 

3773 liv. , 5c le capital fera réduit à 3?py7 îiv. 

Comparons maintenant , avec ce capital, le pro- 
duit des 225-00 liv. placées en Actions de la Caiffe- 
d'Efcompte, 6V devenues 24000 iivres , le relie 
qui eit de £257 livres , fera la plus value de' 
de 22J00 liv. placées en billets d'Emprunt plutôt 
qu'en Actions de la CailTe-d'Efcompîe. Celui qui 
acnette de l'Emprunt de cent -vingt- cinq millions 
a donc réellement un avantage de près de 45 p. ~ 
fur celui qui achecte des Actions de la CaiuTe-d'Ef- 
compte. Voilà ce qu'il étoit bon d'apprendre aux 
honnêtes pères de famille. Au relie 1 ,, voyez le calcul 
à la fuite de cette note. 

Et quelle différence encore dans la folidité des 
deux placemens ! L'Emprunt ne renferme rien de 
fictif^ rien de fubordonné; fa bafe eft toujours la 
même ; elle en 1 fondée fur la foi publique, ceil la 
dette de la Narion françoife. On peut, dès le mo- 
ment qu'on achette les Reconnoilfances , calculer 
fon bénéfice & y compter 5 tandis que les Aérions, 
de la CaitTe-d'Efcompte, très-folides fans doute 
quant à la partie réelle de leur capital, tant que cette 
banque fera conduite avec fagefTe , font fujettes à 
mille viciffitudes dans la partie fictive de ces Actions , 
c'eit-à-dire, dans la moitié, au moins, des nuit mille 
livres qu'on fuppofe qu'elles vaudront encore dans 
vingt- cinq ans. 

Il ell vrai que l'imagination peut créer ce qu'il 

g 3 



( 102 ) 

lui plaît fur la CaiiTe-d'Efcompte, &îuî faire un jour 
conquérir le Pérou par des viremens de parties; 
tandis que l'Emprunt eit une règle de Barème J à 
laquelle le jeu le plus féduifant ne peut rien ajouter. 

Mais lequel vaut le mieux , de la règle de Barème 
ou du pot au lait des joueurs ? M. le Couteuïx de la 
Noraye nous le dira., fi M, Lay & tant d'autres ne 
nous Font pas déjà fuffifamment appris. 

J'ai cru ce rapprochement d'autant plus utile , que 
îe Public, éclairé fur la véritable valeur des Actions 
îa CailTe - d'Efcompte ., peut aifément reconnoître 
que de même qu'une haufTe infenfée dans le prix des 
Actions n'a rien ajouté au bénéfice permanent de 
la CaiiTe d'Efcompte , ni à ia folidité de fon crédit, 
de même le retour du prix des Actions à un taux 
plus modéré n'auroit rien qui dut effrayer ni le 
Public , ni les véritables Actionnaires , cV. qu'il 
eit bon de prévenir , ainfi les effets de l'alarme 
que les marchands d'Actions ne manqueront pas de 
répandre , lorfque cette portion de leur propriété , 
que j'ai déjà appeliée leur rêve, commencera à s'éva- 
porer, 



Tab le au des augmentations de capital &* de leur empléi > dans le 
cas du placement en reconnoiffances de l'Emprunt de 12 y millions. 



Années. 



2 e 

3 e 
4 e 
î c 
6 e 

7 e 
8 e 

9 e 
10 e 
11 e 
12 e 
13 e 
H c 

ir 
16 e 

17 e 
18 e 

19 e 
20 e 
21 e 
22 e 
23 e 

M e 



Somme rem- 
bourféepour 
chaque ie- 
conncifT. de 



11 50 liv. 

II 50. • • 

11 yo- • • 

1200. • • 
1200. • • 
1200. • • 

I2JO- . • 
I2JO ; . v 

I2fO. • • 
I3OO. . • 
I3OO. • . 
I3OO. -. . 

ijjo,.. 

13p... 

I3JQ... 

1400. . . 
1400. . . 
1400. . . 

14p... 
1450... 
1450... 

1 yoo . . . 
I 500 . . . 
1500. . . 

2000 . . . 



Augmenta- 
tion de ca- 
pital à re 
olacer. 



1 y o liv 

IfO. 

ip. 

200- 
200- 
200- 
2C . 
2CQ. 
2jO- 
300- 
300. 
300» 

3*o. 
350. 
3 yo. 
400. 
400. 
400. 
400. 
4 yo. 
450. 
joo. 
yoo. 
500. 
1000. 



Intérêt que ces re- 
placemcns donne- 
ront. 




88c®.. 
Rembourfement de capital 



12730. 

25-000. 



Diixième à ôrer pour égaler la première mife à 
celle des Actions 



37730 
3773 •• 



339^7.... 
Produit de trois Actions vendues à 8oco liv. 24000 



Bénéfice a employer 22^00 1. en reconnoiffances 
de l'emprunt de 125 millions, au-delà de celai 
qu'il y auroit à employer la même fomme en 
Actions de la CahTe d'Efcompte, ci. . 9957 



F aifant plus de 44 \ pour cent» 



[ '04 1 
I V. 

ARRÊT 

DU CONSEIL D'ÉTAT 

DU ROI, 

Portant homologation du Règlement des 
Actionnaires de la CaiJJe - d' ) EJ compte y 
pour la fixation du Dividende. 

Du 26 Juin 1 7 8 y •. 
Extrait des Regijlres du Confeil d y Etat m 

VU par le Roi , en fon Confeil , la déli- 
bération prife en l'Affemblée générale 
des Actionnaires de la CaifTe-d'Efcompte , 
le 21 du préfent mois, tendante à obtenir 
de Sa Majefté l'homologation du Règlement 
propofé par les Adminiftrateurs 9 & adopté 
par le vœu générai de l'Affemblée , pour la 
fixation du Dividende : Sa Majefté ayant re- 
connu, par le compte qu'Elle s'eft fait rendre 
de ce Règlement, que d'un côté il préfente 
une bafe modérée pour le Dividende , & 
due d'un autre côté, par la mife en réferve 
de la moitié des bénéfices excédans cette 



bafe, il procure un accroiffernent fuccefiif 
au capital des Adions > lequel dans aucun 
cas ne pourra être entamé , le fupplément 
qui feroit néceffaire pour maintenir le taux 
du Dividende , ne devant jamais être pris 
que fur ce qui réitéra en réferve ; Elle a 
jugé que ces difpofitions ne pouvoient qu'af- 
furer de plus en plus la folidité de cet éta- 
bliffement, & qu'elles méritoient le fceau 
de fon approbation. A quoi voulant pour- 
voir : Ouï le rapport du fieur de Calonne, 
Confeiller ordinaire au Confeil royal,, Con- 
trôleur général des finances; Le Roi étant 
en son Conseil, a homologué & homo- 
logue le Règlement délibéré en TAffemblée 
générale des Actionnaires de la Caiffe-d'Ef- 
çompte y le 2 1 du préfent mois , pour la 
fixation du Dividende de ladite Caiffe; or- 
donne qu'il fera exécuté félon fa forme ôc 
teneur , & que copie d'icelui demeurera 
annexée au préfent Arrêt. 

Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Ma- 
jefté y étant, tenu à Verfailles le vingt -fix 
Juin mil fept cent quatre-vingt-cinq. Signé 
le Baron de Breteuil. 



[ io€] 



RÈGLEMENT 

Pour la fixation du Div idende, 
délibéré par V A jf emblée générale des Ac- 
tionnaires y du 21 Juin 178J. 

Article premier. 

Pour fixer ïe Dividende du remettre courant 
& des fuivans, a raifon de cinq mille Actions, 
on commencera par prélever fur les bénéfices réa- 
iifés , c'eiî-à-dire , après la déduction des frais & de 
l'efcompte, fur les Lettres du porte-feuille non- 
rentrées , dans la forme adoptée par le compte 
du fémeftre de Janvier 1 785* , cinq pour cent du 
capital aduel & futur des A&ions; lequel taux 
fervira toujours de bafe pour la fixation des Divi- 
dendes : on ajoutera à cette bafe la moitié de l'ex- 
cédant des bénéfices , l'autre moitié fera jointe à 
la réferve aétuèlle, ainfi que les fraâions qui fe 
trouveront donner moins de Dix livres dans la 
moitié à répartir au Dividende, 

I I. 

Lorsque les fonds réfèrvés fe monteront a 
Trois millions cinq cens mille livres , il en fera 



[ io 7 ] 
joint Deux millions cinq cens mille livres au fonds 
capital des Aétions , qui fera alors de Trois mille 
cinq cens livres pour chacune; & toutes les fois 
qu'en fuite les (onds> qui relieront en réferve fe 
monteront encore à Trois millions cinq cens mille 
livres, il en fera joint pareillement Deux millions 
cinq cens mille livres au capital des Actions, qui, 
en conféquence, feront de nouveau augmentées 
de cinq cens livres pour chacune. 

I I I. 
Dans ïe cas où les bénéfices d'un fémeftre ne 
produiroient point pour Dividende Cinq pour cent 
du capital des Aâions , il fera pris fur la réferve de 
quoi le porter à ce taux. 

I V. 

On comptera dans les bénéfices d'un fémeftre, 
ce qui aura été recouvré pendant le cours d'icelui, 
des créances qui auroient été diflraites comme dou- 
teufes les fémeflres antérieurs. 

Arrêté en rAfTembiée des Actionnaires, figné 
& annexé à la délibération de cejourd'huï vingt- 
un Juin mil fept cent quatre vingt* cinq. 

Certifié véritable & conforme au regifire des 
délibérations des AfTembiées générales de la Caille- 
d'Efcompte , & au projet de Règlement arrêté & 
fjgné par les Actionnaires en Affemblée générale, 



, [ io8 ] 

par moi Secrétaire général de la CaiîTe-cTEfcompte. 
A Paris, ce vingt -un Juin mil fept cent quatre- 
vingt-cinq. Signé Devilgruis. 

Vu & approuvé au Confeii d'État du Roi, Sa 
Majcflé y étant, tenu à Verfailles le vingt-llx Juin 
mil fept cent quatre-vingt-cinq. Signé le Baron 
de Breteuil. 



(iop) 



POST-SCRIPTUM. 

JL e s événemens fe multiplient , & mon 
activité que foutiennent des intentions 
bien pures & des circonftances bien bi- 
farres > mon aéïivité fuffit à peine à rem- 
plir la million que je me fuis donnée, 
& que l'opinion publique femble avoir 

daigné me confirmer Depuis que 

cette Lettre , écrite & imprimée en huit 
jours y & qui, fansles ftériles (i) mais pro- 
digieux efforts de MM. le Couteulx , 
l'eût été en fix ; depuis que cette Let- 
tre efl abandonnée à la preiTe > il eft ar- 
rivé des Courriers de Madrid , & il s'eft 
tenu une nouvelle AlTemblée de la Caiiïe- 
d'Efcompte. Tel eft le double objet de 
ce court Pqft- Scriptum pour lequel je 
demande quelqu'attention. 

Les 13,000 A étions , qui reftoient à 

(j) Sr pourtant M. de la Noraye confent àappelier 
fierdes les momens de délai qui lui ont valu ce PojU 
Scriptum. 



. . (II0) 

la Banque de Saint-Charles , parce que 
nul Efpagnol n'a voulu les acquérir , 
viennent d'être vendues à des Amateurs 
françois qui étoient allés à Madrid les 
acheter 5 & qui n'ont pas voulu revenir 
les mains vuides. 

Elles ont été payées en Lettres de 
change fur Paris à raifon de 67) livres 
chaque Aéfcion. Voilà donc encore à-peu- 
près neuf millions de capitaux françois 
placés dans la Banque d'Efpagne. Dira- 
t-on à préfent que M. Cabarrus envoie 
toujours des Piaftres en nature pour faire 
les fonds des Lettres de change tirées 
par la Banque de Saint -Charles fur Pa- 
ris ? Dira - t - on que l'Efpagne a peu 
d'objets d'exportation , & qu'elle ne 
paie fes foldes qu'en métaux l Y a- 
t-il rien de moins métallique que cette 
manière de folder , non avec des piaf- 
tres effectives , mais avec d^s eftampes 
enluminées ? Encore fi nous ne recevions 
de cette monnoie que pour ce qui eft dû 
à la France > nous pourrions à la rigueur 
nous contenter de ces images , mais 



(III) 

M. de la Noraye lui-même convient 
qu'il eft chargé de faire pafler les 
foldes dus par i'Efpagne à la Hollande > 
à l'Angleterre & à l'Allemagne ; dans 
ces pays-là , il faudra des efpeces réelles; 
les piaftres feront-elles donc pour eux, 
& les Aéiions pour nous l Et fi par évé- 
nement nous prenons pour plus d'Ac- 
tions qu'il ne nous eft dû de folde y la 
France trouvera-t-elle fon compte à payer 
la balance par l'exportation de fes Louis? 
En attendant que M. de la Noraye Se 
Conforts lèvent nos doutes fur cette ma- 
tière , ils nous apprendront que leur mar- 
ché avec la Caifle-d'Efcompte n'en eft 
que plus avantageux pour elle : que ce 
n'auroit été la favorifer qu'à demi que 
de lui donner toujours des Ecus qui au- 
roient fini par encombrer fes CaifTes : 
que leur bienfait fignaié n'aura de réfultat 
complettement utile qu'autant que MM. 
le Couteulx procureront encore à la 
Caiiïe d'Efcompte un bon emploi de fes 
fonds oififs. Seroit-ce donc ici la defti- 
nation de ces 9 millions de nouvelles 



traites créées à Madrid pour Tachât des 
13000 Aétions? La Caille -d'Efcompte 
prendra fans doute ces Lettres de 
Change à 4 & demi pour cent , & fi c'efl 
à MM. le Couteulx que M. Cabarrus les 
a adrelTées , leur montant pourra fervir 
à faire des avances aux Joueurs em- 
barrafles , qui auront acheté plus d'Ac- 
tions qu'ils n'en peuvent payer > & aux- 
quels MM. le Couteulx font chargés , à 
ce qu'on aflure , de faire quelques 
avances à y pour cent fur le dépôt des 
Aéiions de Saint-Charles.... Où tout ceci 
finira-t-il donc? Quel cercle inconce- 
vable d'agiotage frénétique , de traites 
fans valeurs , d'efcomptes dangereux , de 
bénéfices chimériques > de fecours illu- 
foires! Et la pauvre Caifle-d'Efcompte > 
pourquoi l'entraîne-t-on au travers de tous 
les hafards , à donner quelque réalité à 
de telles Ululions \ 

L'hiftoire de notre trop fameux fyf- 
terne ne nous a-t-elle donc rien appris ? 
Chez notre Law, chaque création d'Ac- 
tions étoit accompagnée d'une création 



("3) 
de Billets : il falloit bien verfer des Bil- 
lets dans le Public 5 pour le mettre en état 
d'acheter des Aétions; Se ces Àélions 
devenoient l'emploi naturel des Billets 
dont on furchargeoit le Public ;l'Âélicn 
& les Billets étoient deftinés à abforber 
au befoin & réciproquement le trop plein 
l'un de l'autre. Chez M. Cabarrus, chaque 
vente d'Actions crée une nouvelle amafle 
de Lettres de change fur Paris , car il 
n'a pas > comme Law, lareflburce de créer 
des Billets de Banque ; perfbnne ne veut 
des Tiens. D'ailleurs Law n'avoit qu'un 
Royaume à exploiter ; il en faut deux 
à M. Cabarrus , & la chaîne ne pouvoit 
s'établir d'un bout de fon Domaine à 
l'autre , qu'en employant les Lettres de 
change. 

Que des particuliers jouent & fe rui- 
nent , c'eft un mal , fans doute 5 mais il 
a fa mefure > & le Gouvernement peut 
difficilement l'empêcher. 

Mais lorfqu'un grand Etabliflement 
public eft conduit de manière à fervir 
d'aliment &y d'aiguillon à ces jeux for- 

H 



(114) 

cenés; îl eft temps , plufque temps , 
fans doute , d'invoquer la fauve- 
garde de l'autorité. MM. le Couteulx 
fe juftifieront comme ils pourront, d'être 
les intermédiaires , j'aurois pu dire les 
promoteurs de tant d'opérations nuifibles 
à la France ; mais rien n'excuferoit la 
Caifle d'Efcompte de fe prêter, de quel- 
que façon que ce fût, à favorifer des 
Agiotages , tels que ceux qui infeétent 
Paris depuis plufieurs mois. Elle abefoin , 
grand befoin d'être rappellée àfon infli- 
tution première , Se fur-tout d'être con- 
duite par des Adminiftrateurs , qui ne 
faffent pas de cette CaiiTe, le foutien 
continuel de leurs gigantefques entre- 
prifes. 

Mais l'Adminiflration actuelle paroît 
malheureufement tourner tous {es efforts 
vers le but d'augmenter jufqu'au defpo- 
tifme le plus irréfiftible , fon influence 
fur les propriétés qui lui font confiées. 

Hier 14 Juillet , s'eft tenue la fé- 
conde aflemlée générale : voici quel en 
a été le réfultat. 



Le fond de réferve annoncé dès le 
mois de Janvier 1784, pour être de 
2,500,000 liv. , fixé encore à ce taux 
par l'Arrêt du ï6 Janvier 1785 , ne 
montoit cependant au 30 Jïim dernier 
qu'à 2,396,000 liv. : ce qui n'a j ^s 
empêché qu'on n'ait élevé hier le divi- 
dende de ijo à ipo livres. 

Cette atteinte portée au tond de ré- 
ferve, provient de ce qu'au lieu de dé- 
falquer les pertes connues lur hs bé- 
néfices courans , on a pris la totalité de 
ces pertes far l'ancien fond de réferve , 
auquel on les reftitue par lambeaux ; & 
ainfî que cela convient à la politique des 
augmentations de dividendes. On le 
voit : dans ce fyftême , ce qui fe gagne 
fe partage ; ce qui fe perd 3 fe puife 
dans la réferve. Il étoit difficile de mon- 
trer à la fois moins de prévoyance & 
de modération, & fur -tout moins de 
refpeét pour une Loi pofitive & for- 
melle. 

Au refte , & c'eft ici que fe montre 
; ; . découvert le plan d'ufurpation des 

Rz 



C"0 

Adminiftrateurs- de la CaifTed'Efcompte ; 
on a refondu le fyftëme entier du ré- 
gime de cette Banque , & cela feins 
avertiftement préalable, fans une no- 
mination de Commiiïaires ad hoc , & 
d'après une convocation annoncée pour 
recevoir le rapport des CommifTaires 
chargés de vérifier les comptes du 
Sémeftre. 

Les Adminiftrateurs ne veulent plus 
être tenus à dépofer que quinze aérions 
au lieu de vingt-cinq. Explique qui 
pourra les raifons de cette innovation. 
On a adopté une difeipline à-peu-près 
Prufïienne pour la tenue des A Semblées 
générales. Les derniers veftiges des droits 
des Actionnaires font détruits. Et pour- 
quoi ce nouvel attentat ] Les ailèmblées- 
étoient déjà fi dociles ! On diroit que les 
Adminiftrateurs en ont voulu faire une 
orgie ariftocratique. Ladiélature abfolue 
feroit un état de fureté, & prefque de 
liberté auprès des ftatuts préfentés hier 
aux Aèlionmires. 

lis n'ont qu'aie refïburce > & c'eft 



l'appel à rautorité tutélaire & confer- 
vatrice; car fans une homologation ex- 
preffe , ce prétendu règlement , déjà nul 
de droit , ne fçauroit être exéc é ; ^n 
effet, il ne doit pas Têtre, fî Ton met 
quelque prix à la profpérité & à la 
permanence de la Banque de fecours. 

Au refte > les intérêts du Public font 
à couvert > les engagemens de la CaifTe 
d'Efcompte portent fur des fonds fo- 
lides. Quant aux aétions, c'eft l'affaire 
de ceux qui les poffédent : il y a long- 
temps que l'agiotage a pour devife , 

CAFE AT EMPTOR. 

MIRABEAU. 

Paris, \$ Juillet y 178;. 



ai 



/ 



Zi-